Voyage au centre de la BD

20 janvier 2010

ZOO n°23 dans les bacs

23-couv.1264010350.jpgUn numéro de ZOO, c'est comme un coup de foudre avec les cheveux mouillés et le regard dans le vague. En feuilletant les pages du 23ème numéro, ce sera coup de tonnerre sur coup de tonnerre avec la fin des aventures de Valérian et Laureline, Le banni la nouvelle série du Lombard, le choix de la rédaction dans la sélection officielle du Festival d'Angoulême, les 35 ans de Léonard, la belle saga des Tuniques Bleues, l'exposition Cent pour cent au musée de la BD, un dossier sur les séries-concept, le passage en revue de l'actualité Gainsbourg, un retour sur les séries Tank Girl et Fulgurex, Jean Teulé, Tony Sandoval, Warnauts & Raives, et bien d'autres éclairs dans la nuit. 60 pages à feuilleter exclusivement au sec.

Pour lire le magazine, rien de plus simple. Il suffit de se rendre dans une des 600 stations météo points de distribution en France et en Belgique (Virgin, Espaces culturels Leclerc, FNAC, librairies BD, Lina's café, festivals, universités, cafés littéraires, etc, etc, etc) et retirer un des 100 000 exemplaires. Les autres pourront télécharger la version numérique  sur la nouvelle version du site internet.

Pas besoin d'attendre la fin de l'orage pour lire mes contributions au présent numéro, les voici (regardez dans les liens à droite pour lire tous mes articles dans ZOO) :

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16 décembre 2009

La bande dessinée se met au vert

La BD écolo va-t-elle devenir un genre à part entière, au même titre que le polar, le western ou la science-fiction ? C'est bien la question que l'on peut se poser en voyant les sorties de ces derniers mois. Certes, l'intérêt des auteurs de bande dessinée pour les questions d'écologie ne date pas d'hier, mais il semblerait bien que le thème soit en passe de devenir un véritable créneau, une niche pour les éditeurs, avec deux angles d'attaque principaux : l'humour et l'anticipation (voire les deux réunis).

gaston.1260976029.jpgCommençons donc par André Franquin avec la publication en début d'année d'un recueil de gags de Gaston Lagaffe en lien avec l'écologie. Mélange de planches, de dessins et de rédactionnel sur le sujet, ce recueil confirme que le créateur du Marsupilami était très préoccupé par cette problématique. De son vivant (Franquin est mort en 1997), on ne parlait pas encore de développement durable, de réchauffement climatique ou de bilan carbone, mais plutôt de préservation des espèces animales, de déforestation ou de pollution. A sa manière, tendre et drôle, Franquin savait sensibiliser ses lecteurs en douceur.

isa.1260976157.jpg Dans un registre franchement plus loufoque, Isa convoque le fantôme du commandant Cousteau pour divaguer sur les dangers qui guettent les océans. Avec comme acolyte Bernadette la mérou, le symbole mondial de l'écologie joue le chevalier blanc des profondeurs. Tous les menaces sont passés en revue (pollution, surexploitation, marées noires, etc) et on apprend même dans quelles circonstances les algues vertes sont apparues en Méditerranée. D'accord, l'homme au bonnet rouge n'est pas toujours à son avantage, mais quel humain n'a pas ses faiblesses, même sous forme d'apparition ?

ratte.1260977067.jpgAvec Toxic Planet, David Ratte est nettement plus ironique. Le monde qu'il décrit est tout simplement invivable. "A force de faire tourner les usines à fond et de polluer sans réfléchir, tout le monde est obligé de porter des masques à gaz." indique-t-il sur la 4ème de couverture. C'est vrai qu'un monde où l'on doit polluer les aquariums pour que les poissons retrouvent leur milieu naturel, où un insecticide en Irak est considéré comme une arme de destruction massive, où les oiseaux dans les arbres sont mécaniques, où les pompiers ne peuvent intervenir car ils n'ont pas assez d'argent pour faire le plein de leur camion, ça fait rire jaune.

pedrosa.1260977307.jpgCyril Pedrosa quant à lui, joue de la dérision, mais avec les deux pieds dans le présent. Ancien militant écologiste à Vesoul, il présente dans Autobio une version légèrement décalée de son quotidien de "bobo vert" qui doit jongler avec ses contradictions. Sous le crayon de Pedrosa, l'écolo urbain est véritablement inadapté au monde qui l'entoure. Le moindre geste vert doit être mûrement réfléchi et entraîne forcément une contrepartie. Comment manger bio sans s'endetter sur 30 ans ? Doit-on utiliser son vélo même lorsqu'il pleut à verse ? Quel moyen de transport emprunter pour partir en vacances au Portugal sans hypothéquer son bilan carbone ? Et surtout, comment faire taire sa conscience lorsqu'on est accroc aux petites saucisses cocktails à la composition pour le moins artificielle ? Voila des questions qui poussent à l'insomnie.

dupuyberberian.1260977612.jpgDupuy & Berberian ne manquent pas de dérision eux non plus. Avec leur série Boboland, ils tournent en ridicule le comportement de ces bourgeois-bohêmes qui ne sont pas à une contradiction près. Avec Global Boboland, les deux auteurs élargissent leur propos à la Terre entière, et remarquent qu'avec la mondialisation, le bobo devient néfaste mondialement. Entre les voyages ethniques en 4x4, l'implantation du chevreuil au Bénin, la commercialisation d'un "canard détritus", les parcours incessants en avion, la note s'allonge avant de passer à la caisse. Et bien sûr, chacun accuse l'autre avec la plus parfaite mauvaise fois de détruire la planète. Un album désespérément lucide.

bourhis.1260978048.jpgAvec Hervé Bourhis, le rire devient crispé lorsqu'il imagine une société, pas si lointaine, brusquement sevrée de pétrole. Sans ce précieux liquide, la France est au bord de la guerre civile et l'on se bat presque autour des épiceries pour s'approvisionner en nourriture. Bourhis entraine son alter ego Herbert Boris dans un road movie à la française entre Bordeaux et Tours. Sur l'injonction de sa femme, le jeune homme essaye en effet de rejoindre son père pour que celui-ci lui explique les secrets d'un beau potager. Le trajet est chaotique, les populations rencontrées pas toujours très accueillantes et l'ambiance assez inquiétante malgré l'humour général. Sous le masque de la comédie, le scénario catastrophe est bien présent.

locard.1260984263.jpgDans le genre scénario catastrophe, Younn Locard se pose là. Dans H27, il place l'action à Bruxelles, en 2002, entre les deux tours de l'élection présidentielle française. En quelques jours, une épidémie redoutable s'abat sur la capitale belge. Un mal inconnu, transmis par les oiseaux, fait des ravages dans la population. La mortalité est foudroyante et le gouvernement décide de couper la ville du monde pour circonscrire l'épidémie. Le héros de l'album, un jeune dessinateur, et ses quatre colocataires sont emportés dans cette crise sanitaire sans précédents. L'histoire s'applique à rester au plus près de cette bande de potes qui voit un à un ses membres disparaître. Ici, aucun humour pour nuancer l'horreur. Tout simplement terrifiant.

On le voit bien, l'album écolo est à la mode et se décline sous différente forme. Si les auteurs peuvent arguer de leur sincérité, qu'en est-il des éditeurs ? Est-ce une démarche militante de leur part ou simplement une opportunité éditoriale ? Si c'est  le premier cas, pourquoi ne pas publier ces albums sur du papier recyclé par exemple ? "Je me suis évidemment déjà posé la question, répond Thierry Tinlot, militant Vert en Belgique, rédacteur en chef de Fluide Glacial et éditeur de Cyril Pedrosa. Il faut savoir qu’aujourd’hui la production industrielle de bouquins sur du papier recyclé est plus chère que sur du papier blanchi au chlore. C’est très difficile de défendre auprès d’un actionnaire. De dire : "et ben les gars on va payer les bouquins 25% plus cher pour ne pas en vendre un de plus, juste pour aller au bout de nos idées". C’est très difficile." Dur dur d'être un éditeur écolo.

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07 décembre 2009

Le festival d’Angoulême par le menu

07.1260202633.jpgEt oui, le Festival d'Angoulême  va bien avoir lieu (quelqu'un en doutait ?). Il a dévoilé vendredi dernier dans un auditorium du Louvre assiégé par les virulants employés du musée en grève, l'affiche, le programme et la sélection officielle. Un petit goût de Festival de Cannes, visiblement pris comme modèle (il y aura d'ailleurs l'année prochaine pour la première fois une cérémonie d'ouverture). Passons sur l'affiche, décevante voire déconcertante, conçue par le génial Blutch et Cizo, et qui ne restera pas dans les mémoires (mais y a-t-il une affiche qui soit restée dans les mémoires ?). Passons sur la sélection officielle  qui fait immanquablement des déçus, des aigris, des ravis, des coteries. Et intéressons-nous au programme de ce dernier week-end de janvier sur les rives de la Charente. Que retenir dans la profusion d'événements pour bien organiser son séjour ?

- Les manifestations ponctuelles :

Bilal / Cinémonstre

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Bilal a compressé ses trois longs métrages (Bunker Palace Hotel, Tykho Moon et Immortel) pour n'en faire plus qu'un. En direct sur la scène du théâtre, le dessinateur agira sur le film avec une palette graphique et un sampler. Intriguant.

Vendredi 29 janvier 21 h, théâtre d'Angoulême, 18 euros (Aouch !)

Conférence Schuiten / Peeters

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Les auteurs des Cités Obscures présentent les mondes qu'ils ont créés à la manière d'ethnologues de retour d'expédition. Tentant.

Samedi 30 janvier 11 h, théâtre d'Angoulême, gratuit

Spectacle Blutch

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Concert dessiné de Blutch mis en musique par Irène Jacob et son frère Francis. Avec en première partie, une suite de récitatifs de BD (tirés des albums de Jacques Martin, Pratt, Lauzier, Goscinny, Jacobs, Sattouf, etc) déclamés par des comédiens. Amusant.

Samedi 30 janvier 21 h, théâtre d'Angoulême, 20 euros (re-aouch !)

- Les expositions

Cent pour cent

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Au musée de la BD

Fabrice Neaud

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A l'Hôtel Saint-Simon

Bande dessinée russe

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Au Musée du papier

Pour résumer, énormément de choses à voir (sans compter Match de catch à Vielsam, Fabio Viscogliosi, l'expo Jeunes Talents, les autres concerts dessinés, j'en passe et des meilleurs) et je ne vous ai pas encore parlé des Rencontres du Nouveau Monde dont j'aurai le plaisir de coanimer un certain nombre de tables rondes. Les plus acharnés devront donc venir à Angoulême dès le jeudi pour ne rien rater et repartir quand même avec quelques dédicaces. Une véritable performance.

Pour les malheureux qui n'auraient pas la possibilité de traverser la France pour aterrir dans cet endroit improbable, il reste une solution : se brancher sur le site pour suivre la Web TV du Festival .

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02 décembre 2009

Adoptez un art toy pour Noël

mekaneko03.1259767710.jpgComment ? Il vous manque un cadeau à offrir pour Noël et vous n'avez pas d'idées ? Ahah, vous avez frappé à la bonne porte car j'ai dans ma hotte LE cadeau ultime qui ravira les petits comme les grands, les filles comme les garçons, les Geeks comme les Nerds : j'ai nommé Mekaneko ! Heu, kezako ? Le nom d'un sushi ? Mais nooon, c'est la dernière production en date du label Venusdea, créé par Barbara Canepa, dont je vous avais déjà parlé ici. Conçu graphiquement par Matteo De Longis, Mekaneko est une poupée, ou une figurine, ou un robot, un Art toy quoi. Il y en a des blancs (White Pearl) pour les filles et des noirs (Acid Black) pour les gars. Toy parce qu'on peut lui bouger les bras, les jambes et la tête. Et Art parce qu'on peut le décorer à sa guise, d'une part en utilisant le lot de stickers qui est compris dans la boîte, d'autre part en utilisant de manière esthétique tout ce qui tombe sous la main.

Et d'ailleurs, la semaine dernière, lors du lancement de Mekaneko dans le sous-sol de la boutique artoyz (lieu plutôt bien choisi du 1er arrondissement parisien si l'on en croit les photos ci-dessous), chacun a pu se rendre compte qu'on pouvait réaliser de très belles choses avec ces petits bonshommes (et bonnes femmes) d'à peine 15 cm de haut.

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mekaneko10.1259769088.jpgBarbara Canepa avait eu en effet la chouette idée de demander à quelques-uns de ses amis artistes de s'emparer de White Pearl ou d'Acid Black pour les transformer à leur manière. Le résultat est à la fois fascinant et très drôle car chacun s'est servi de son propre univers graphique pour customiser sa figurine. On reconnaîtra ci-dessous dans l'ordre, la Meta Meka de Barbara Canepa, le Lord of Hell de Ciou, le Neroneko de Lilidoll, la Candycloud de Candy Bird, la Xi-Xi de Lostfish  et le Terminator de Matteo De Longis :

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Haha, ah ben oui, ça donne envie maintenant. Pour 40 euros, pour pourrez jouer à la Barbie sans qu'on se moque de vous. C'est trop cher ? Essayez de faire ça à votre chat pour voir, et vous aurez plus de 40 euros de frais d'hôpital.

En maxi bonus, le making-of de l'exposition  sur le blog de Matteo De Longis.

Images : © Thierry Lemaire.

 

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23 novembre 2009

ZOO n°22 dans les bacs

couv.1258991259.jpgLire un numéro de ZOO, ça vous réchauffe le coeur. Ce n'est pas parce que l'hiver arrive qu'il faut se laisser aller. Alors faites comme Eric Stalner, enfourchez votre cerf et partez à la rencontre de l'actualité de la bande dessinée. En commençant par Loup, le nouvel album de Stalner qui adapte le film de Nicolas Vannier. Remettez quelques bûches dans la cheminée et continuez avec les 50 ans d'Astérix, le dernier Marc-Antoine Mathieu, la collection Métamorphose de Soleil, Rani (de Van Hamme, Alcante et Vallès), le tome 5 de Marzi, Il était une fois en France, un interview du commissaire priseur Cornette de St Cyr, le film Astroboy et une avalanche d'autres sujets. 60 pages à feuilleter exclusivement sur une peau de bête.

Pour lire le magazine, rien de plus simple. Il suffit de se rendre dans un des 600 refuges de haute montagne points de distribution en France et en Belgique (Virgin, Espaces culturels Leclerc, FNAC, librairies BD, Lina's café, festivals, universités, cafés littéraires, etc, etc, etc) et retirer un des 100 000 exemplaires. Les autres pourront très prochainement télécharger la version numérique sur la nouvelle version du site internet.

Pas besoin d'attendre la fonte des neiges éternelles pour lire mes contributions au présent numéro, les voici (regardez dans les liens à droite pour lire tous mes articles dans ZOO) :

canepa.1258991698.jpg  crumb.1258991727.jpg cornette.1258991764.jpg

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21 novembre 2009

Jean Van Hamme sacré à Reims

06.1258737790.jpg40 ans de carrière, une multitude des séries phares, 23 millions d’albums vendus et toujours pas d’exposition à son nom ? Reims relève le défi avec « Jean Van Hamme, de bulles et d’aventures », une rétrospective dense et variée.

Oui, Reims aime les bulles, et ceux qui connaissent la région ne sont pas surpris. Ils savent que Jean-David Morvan et Sylvain Savoia, tous deux natifs de la ville, y ont créé l’atelier 510 TTC (composé en autres de Philippe Buchet, Christian Lerolle, Thomas Labourot et plus récemment de Benoît Bengal) et que Jean Solé et Benoît Sokal y vivent. Ils savent aussi que depuis 2004, les expositions touchant la BD sont monnaie courante dans la cité des Sacres, avec, originalité à souligner, une place importante dédiée aux scénaristes. Après les « régionaux de l’étape » cités plus haut, se sont succédés dans les salles de la médiathèque rémoise, Jean Dufaux, André-Paul Duchâteau et Frank Pé. Cette année, le tapis rouge est déroulé pour Jean Van Hamme, dont le foisonnement (Lady S., Rani, Blake et Mortimer et Epoxy sortent en novembre), le talent, la notoriété et l’influence ne sont plus à démontrer.

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Jean Van Hamme face à son portrait réalisé par Grzegorz Rosinski

Van Hamme ayant réalisé l’immense majorité de ses albums chez Dargaud, Dupuis ou au Lombard, Media Participations avait mis les petits plats dans les grands pour le vernissage de l’exposition, vendredi dernier. Quasiment tous les dessinateurs concernés par cette rétrospective avaient en effet été invités pour l’occasion. Jean Van Hamme en maître de cérémonie, rôle qu’il endosse toujours avec gourmandise, présenta cette distribution de choix par ordre chronologique de ses rencontres professionnelles. Grzegorz Rosinski, William Vance, Francis Vallès, Christian Denayer, Ted Benoit, Philippe Aymond, Philippe Berthet et Chantal de Spiegeleer du côté des dessinateurs, Xavier Dorison et Didier Alcante du côté des scénaristes. Ne manquaient à l’appel que Dany, Philippe Francq et Jean Giraud pour compléter l’exceptionnel portrait de famille des complices artistiques de Jean Van Hamme.

 

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Les compagnons de la BD : Benoit, Berthet, Vance, Van Hamme, Rosinski, Aymond, Alcante, Denayer et Vallès

La visite de l’exposition se plaça également sous la direction du « héros » de la journée, qui eut bien du mal à canaliser la troupe des journalistes qui le suivait. Au programme, un accrochage de 200 originaux sur quatre niveaux, avec à chaque étage un thème différent tiré de son abondante bibliographie : Des histoires sans héros, Réécrire les mythes, Aventuriers et aventurières et Le mystère XIII. Une exposition variée, tant du point de vue des séries (Thorgal, XIII, Largo Winch, Lady S., Wayne Shelton, Les maîtres de l’orge, etc.) et des styles des dessinateurs que des objets ponctuant la visite. La part belle étant faite aux planches originales évidemment, mais pas seulement. L’accrochage aborde en effet toutes les étapes du processus créatif, depuis le découpage écrit jusqu’à la planche colorisée, en passant par le story-board et le crayonné. Et l’accent est mis sur le travail du scénariste avec des documents éclairants (les différents synopsis, les inspirations littéraires), rares (le manuscrit du roman Largo Winch) ou drôles (la liste dactylographiée d’un bon nombre d’interjections utilisées dans Blake et Mortimer, par tous les diables !) tirés de la collection personnelle de Jean Van Hamme.

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Exemple de présentation des étapes du processus créatif avec une planche de Lady S.

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 Le manuscrit du roman Largo Winch

A noter enfin quelques pièces exceptionnelles qui raviront les passionnés. Comme les deux planches « test » de Rosinski, exécutées en une nuit sur un scénario de Van Hamme. Ce dernier, impressionné par l’originalité du trait et le sens des cadrages du jeune Polonais, courut chez le Lombard pour y proposer son nouvel acolyte. Et comment ne pas parler non plus d’une autre planche « test », celle de John Prentice (successeur d’Alex Raymond sur la série Rip Kirby) qui réalise en 1973 un essai pour… Largo Winch. Une longue visite en perspective donc pour cette exposition qui serpente entre les rayonnages de la médiathèque. Et une belle évocation de la carrière de ce serviteur du thriller et de l’aventure.

Samedi 14 novembre après-midi, Grzegorz Rosinski, Didier Alcante, Francis Vallès, Philippe Aymond, Ted Benoît et Chantal De Spiegeleer ont participé successivement, aux côtés de Jean Van Hamme, a une rencontre publique animée par notre collaborateur Laurent Boileau. Durant ces entretiens, Jean Van Hamme, très à l’aise sur scène, a avoué avoir envie d’écrire une nouvelle aventure de Blake et Mortimer après La Malédiction des trente deniers. Présent dans la salle, Yves Schlirf, directeur éditorial chez Dargaud, sembla ravi de la nouvelle.

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La planche de John Prentice

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Rosinski dans la salle consacrée à Thorgal et au Chninkel

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La salle XIII

"Jean Van Hamme, de bulles et d’aventures" du 9 novembre au 10 janvier, médiathèque Jean Falala, 2 rue des Fuseliers, Reims. Entrée libre

Cet article, dont je suis l'auteur, a été publié précédemment sur actuaBD.

Et en bonus, le reportage de France 3 avec des images qui bougent :

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18 novembre 2009

Lorenzo Mattotti joue sur du velours

couv.1258546998.jpgmattotti08.1258553411.jpgI'm waiting for the man. Comment ça, il est déjà parti ? Ah, il ne fallait pas venir en retard à la galerie Martel  hier soir, sous peine de manquer la venue de Lou Reed pour le lancement de The Raven, livre écrit par l'ancien chanteur du Velvet Underground et illustré par Lorenzo Mattotti. Un tour de dédicace et puis s'en va, avec peut-être 26 dollars in his hand. Et bien tant pis, restaient tout de même accrochés aux murs les originaux du dessinateur italien dont la participation au projet s'est décidée après maintes étapes.

mattotti01.1258553499.jpgA l'origine, The Raven est un opéra inspiré par l'oeuvre d'Edgar Poe (Le corbeau est une nouvelle de l'écrivain américain) que Lou Reed a écrit et composé en 2003, à l'initiative du metteur en scène Bob Wilson qui monta le projet. Puis le spectacle est devenu double CD, puis livre. Et pour illustrer ses textes dans l'édition française, l'auteur de l'inusable Walk on the Wild Side demanda conseil à Art Spiegelman. On se souvient que la galerie Martel (ouverte fin 2008 par Rina Mattotti, l'épouse de Lorenzo - photo ci-dessus) organisa en juin dernier une exposition rétrospective de l'auteur de Maus . Ce dernier pensa donc tout naturellement à Mattotti pour faire dialoguer ses dessins avec les textes de Lou Reed.

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Le choix de Spiegelman semble une évidence lorsqu'on regarde les originaux présentés 17 rue Martel. L'éditeur précise dans sa présentation que le texte de Lou Reed est un sombre questionnement : "Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me pousse à faire ce que je ne devrais pas ? Qu’est-ce qui attire irrésistiblement vers le « mauvais côté » ? D’où viennent les forces d’auto-destruction ? Et ce fatal désir pour ce qu’on ne peut avoir…" Mattotti est au diapason. Les esquisses en noir et blanc comme les dessins en couleur sont inquiétants à souhait. De petites scènes de cauchemar, ou le noir et le rouge ont souvent la part belle, avec pour le visiteur le répère des surréalistes, De Chirico et Dali en tête.

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Les amoureux de l'illustration ne s'y étaient pas trompés hier soir. On pouvait en effet croiser José Muñoz, Loustal, François Avril et Isabelle Chaland, tous membres de la confrérie des défenseurs de la belle ouvrage. Il n'est pas trop tard pour leur emboiter le pas.

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The Raven, jusqu'au 9 janvier 2010, Galerie Martel, 17 rue Martel, Paris 10e.

Images : © Thierry Lemaire.

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09 novembre 2009

Un “Quai des Bulles” haut en couleurs

La mouette de Gaston ? Vue depuis les remparts de St MaloPour ceux qui douteraient encore de l'importance des couleurs (et par extension des coloristes) dans une planche de bande dessinée, les organisateurs du festival de Saint-Malo  ont eu l'excellente idée de mettre en place une petite exposition sur le sujet lors de la dernière édition, le week-end du 24 octobre.

Le principe en était simple : proposer à la crème des coloristes d'interpréter une planche de Michel Plessix tirée du Vent dans les sables, superbe série soit dit en passant.

Le résultat est passionnant. Il montre la variété d'ambiances possibles en prenant comme base une même planche encrée. Bien sûr, les costumes, les pelages des personnages, les bâtiments, les meubles ont des couleurs différentes, et c'est bien normal. Mais l'essentiel est ailleurs. Chaque coloriste a travaillé la lumière à sa façon, de telle manière qu'on peut à chaque fois déduire bien des choses sur l'horaire, l'orientation, la température ou même la saison de cet extrait.

Ainsi, Christophe Araldi (1) a choisi de placer l'action en début de matinée. Normal puisque Rat est en train de déguster un croissant dans la première case. Le soleil est levé depuis peu, la journée commence. Pour Jean-Jacques Chagnaud (2), 35 ans de carrière, l'astre solaire semble un peu plus haut dans le ciel. Et l'un des vétérans coloristes a ajouté une fenêtre sur le côté droit de la case 2. Claude Guth (3) propose une ambiance plus douce, peut-être en fin de matinée avec un ciel plus couvert. Ou bien sommes-nous en hiver, avec des températures un peu plus fraîches.

Couleurs de Christophe Araldi  Couleurs de Jean-Jacques Chagnaud  Couleurs de Claude Guth

Les femmes ont préféré des atmosphères de fin de journées, plus calmes et nostalgiques. Elvire de Cock (4) fait descendre le soleil vers la mer.  On l'aperçoit scintiller derrière la petite forteresse du bout de la jetée. Pour la case 2, la fenêtre est toujours à droite. Delphine Rieu (5) quant à elle préfère placer l'action en fin de journée. On imagine les personnages bien contents de trouver enfin un peu de fraîcheur. Dans la case 2, Delphine fait venir les derniers rayons de soleil d'une fenêtre placée à gauche. Pas bête pour le sens de lecture. Enfin, Isabelle Rabarot (6), qui a colorisé les premiers albums de Michel Plessix, prend le parti de faire pratiquement disparaître le soleil dans la mer. La journée se termine, la nuit pointe son nez, le rythme de l'action baisse d'intensité.

Couleurs d'Elvire De Cock  Couleurs de Delphine Rieu  Couleurs d'Isabelle Rabarot

Six exemples de colorisation, six interprétations différentes. "Et l'original ?", Couleurs originales de Michel Plessixme direz-vous. Comment Michel Plessix a-t-il traité cette scène portuaire du tome 3, La tentation du désert ? Et bien comme le croissant le laissait penser, la scène se déroule en début de matinée. La lumière est diffuse, les ombres sont légères. Mais on peut imaginer que la journée sera chaude. Pour la case 2, pas de fenêtre, nous nous trouvons dans une cour intérieure (normal vu le nombre d'oiseaux qui viennent picorer des miettes). Cette ambiance nord-africaine, l'artiste la connaît bien puisqu'il passe chaque année quelques semaines à Essaouira au Maroc. Et il nous livre ici une septième interprétation, que l'on considèrera comme définitive puisqu'elle a été publiée.

Faut-il continuer la démonstration ? A travers leur sensibilité, les coloristes ont une responsabilité importante dans la qualité graphique d'une bande dessinée et par conséquent dans son succès éventuel. Vue depuis les remparts de St MaloCertes, ils sont rarement à l'origine de la création de l'histoire et du dessin, mais leur rôle va bien au-delà de celui d'un simple exécutant. Depuis plusieurs années, certains sont d'ailleurs crédités en même temps que le dessinateur et le scénariste. Mais la profession n'a toujours pas de statut. Et cela pose un réel problème en terme de droits d'auteur par exemple. Alors pour faire bouger les choses, des coloristes ont créé en début d'année une association pour échanger, réfléchir, bouillonner. Ça s'appelle l'ADCBD et c'est ici  ou encore ici. Bon vent à eux.

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07 novembre 2009

Dans les bacs : Rock Strips - collectif

Couverture

Selon feu Ian Dury, le Rock’n’Roll va bien avec le sexe et la drogue. Grâce à Vincent Brunner, chef d’orchestre du collectif Rock Strips, on sait maintenant qu’il se marie aussi avec la bande dessinée.

C’est le genre d’album réservé aux connaisseurs, à ceux qui repèrent du premier coup d’œil l’allusion de la couverture à la jaquette de l’album Cheap Thrills de Big Brother and the Holding Company, le groupe qui accueillit et vit exploser Janis Joplin. Une jaquette dessinée en 1968 par Robert Crumb, collectionneur forcené de vieux 78 tours de blues. C’est aussi le genre d’album pour les néophytes, un tour d’horizon chronologique de 50 ans de Rock par le prisme de ses icônes. Un Rock Stars pour les nuls en quelque sorte.

Elvis par Ruppert & Mulot

Pas facile de faire cohabiter ses deux visions, mais Vincent Brunner n’est pas né de la dernière pluie musicale. Avec ses deux casquettes de journaliste spécialisé en musique (il est passé par Rolling Stone) et en bande dessinée (dans Casemate), il a su faire cohabiter grand public et lecteur exigeant. D’abord en fournissant avant chaque histoire courte une double page résumant la carrière de l’artiste et proposant sa playlist essentielle. Ensuite en réunissant 33 dessinateurs emblématiques de ce que l’on pourrait appeler la nouvelle scène de la BD française (ou ex-nouvelle scène pour certains comme Serge Clerc, Charles Berberian ou Jean-Michel Thiriet). 

Nirvana par Bouzard

A la clef, 30 histoires courtes en noir et blanc dont la variété de styles et de ton permet de trouver son bonheur. Il y a toujours quelque chose à tirer d’un album collectif, disait le poète. Surtout avec des duos détonants tels que Led Zeppelin et Killoffer, les Sex Pistols et JC Menu, les Pixies et Jochen Gerner, Metallica et Riad Sattouf, The White Stripes et Mathieu Sapin ou LCD sound system et Luz. Et puisque le Rock est aussi une affaire de groupies, pourquoi ne pas détacher quelques noms pour les inscrire au Hall of Fame de Rock Strips ? Ruppert & Mulot, par exemple, décrivant de l’intérieur la déchéance d’Elvis. Ou Li-An explorant les morceaux de Pink Floyd. Bouzard se rengorgeant d’avoir assisté à un concert de Nirvana. Paringaux racontant sous le crayon de Catel sa rencontre avec Janis Joplin.

Pink Floyd par Li-An

Plus qu’une évocation de l’histoire du Rock, ce collectif propose un panorama subjectif d’auteurs actuels, à la manière des Lapin de L’Association. Bien sûr, on n’empêchera pas les grincheux de regretter l’absence de Jerry Lee Lewis, des Beach Boys, du Velvet Underground, de Genesis (période Peter Gabriel) et de bien d’autres. Mais ne serait-ce pas un début du casting pour le tome 2 ? 

Rock Strips sur Amazon

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05 novembre 2009

Une expo événement pour le musée de la BD en 2010

Dessin de Mattotti qui servira de base à l'affiche.Le musée de la bande dessinée d’Angoulême dévoile les premières informations sur "cent pour cent", sa première exposition de l’année 2010. Une manifestation 100% internationale et 100% prestigieuse.

Un événement de ce genre, ça se prépare longtemps à l’avance. Il aura fallu plus de deux ans pour boucler "cent pour cent", la prochaine exposition du musée de la bande dessinée d’Angoulême. Et pour cause. L’institution angoumoisine a demandé à 100 auteurs de bande dessinée du monde entier d’interpréter à leur façon une planche choisie dans la collection du musée. Une sorte de mise en abymes où les créateurs contemporains s’approprient le patrimoine de la BD et dialoguent avec l’œuvre d’auteurs qui les ont impressionnés d’une manière ou d’une autre.

Le principe est astucieux. D’un côté, il permet de mettre en lumière quelques-unes des plus belles planches conservées par le musée. De l’autre, il dresse un panorama de la bande dessinée actuelle avec 100 auteurs issus de diverses cultures.

Breccia et Mattotti côte à côte.

Les duos ainsi formés en apprennent finalement beaucoup sur les auteurs qui ont accepté l’invitation au dessin. Certains en profitent pour rendre hommage à leurs maîtres. C’est le cas de Mattotti pour Breccia, Muñoz pour Pratt, Toppi pour Battaglia voire Baudouin pour Buzzelli ou Cestac pour Segar, avec une forte dimension émotionnelle pour le visiteur. D’autres tentent des expériences graphiques comme Schuiten pour Cuvelier ou Juillard pour Jeff Jones. D’autres encore préfèrent célébrer des proches, comme Lécroart pour Trondheim, Ruppert & Mulot pour Killofer ou Trondheim pour David B.

Planche de David B et son interprétation par Trondheim.

On peut constater que pour la plupart des auteurs, les choix n’ont pas été au-delà de leur univers graphique (ou géographique) proche. Peu de surprises en fin de compte. La marque d’un certain manque de curiosité pour la majorité des dessinateurs ? A l’instar de leurs confrères européens, les auteurs nord-américains ont en effet pioché dans les œuvres issues de leur continent : le choix de Charles Burns s’est porté sur Chester Gould, celui de Scott McCloud sur Ernie Bushmiller, Jessica Abel sur Milton Caniff, ou Alex Robinson sur Will Eisner.

Les artistes asiatiques invités ont eu moins de chance puisque le fond manga du musée ne dispose pas d’autant de variété que ses équivalents occidentaux. Mais ce handicap leur a permis de s’échapper de leurs références naturelles. On retrouve toutefois sans surprise certains auteurs européens dont la notoriété a traversé les océans. Moebius, Neaud, de Crécy et Uderzo ont ainsi été réinterprétés par Kazuichi Hanawa, Hideji Oda, Lai tat Tat Wing et Doha Kang.

Segar revisité par Cestac.

A noter enfin pour la petite histoire que certains auteurs comme Killoffer, Loustal, Menu, Pellejero, Rabaté, Schuiten, Shelton et Trondheim ont l’insigne honneur d’être présents à la fois comme honoré et honorant. Une performance.

Au delà de ces considérations d’ordre sociologique, l’exposition "cent pour cent" est extrêmement alléchante par ses différentes facettes et la variété de ses angles d’approche : découverte/redécouverte, patrimoine/modernité, transgression/fidélité. A travers ces quelques noms (à peine un quart du total), on mesure la qualité du casting et l’ampleur de la tâche pour mener à bien cette exposition qui a la bonne idée de débuter le premier jour du festival d’Angoulême. Elle attirera sans nul doute les foules lors du FIBD et donnera une fameuse impulsion au musée. Que ceux qui n’auront pas l’occasion de se déplacer en Charente pendant ces deux petits mois se rassurent, "cent pour cent" sera itinérant et posera ces cimaises à Bilbao au printemps et à Paris (bibliothèque Forney) à l’automne.

"Cent pour cent" du 28 janvier au 28 mars 2010 musée de la bande dessinée d’Angoulême.

Cet article, dont je suis l'auteur, a été publié précédemment sur actuaBD .

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