Sous les BD, la plage.

40 ans après, que reste-t-il de
mai 68 ? D'un strict plan formel, beaucoup de choses. Tout le monde (même ceux qui n'y étaient pas) se souvient des slogans de l'époque. « Il est interdit d'interdire »,
« Soyez réalistes, demandez l'impossible » ou « Sous les pavés
la plage » ont largement survécu aux années. Mais les tracts et les affiches ont également laissé une trace tenace dans l'imaginaire collectif français. La Bibliothèque nationale ne s'y est pas trompé. Quelques semaines seulement après la fin des événements, l'institution commençait déjà à collecter les témoignages de cette floraison artistico-revendicatrice. Depuis le 11 juillet dernier, ce fonds est présenté dans les locaux de la BnF, à travers une (courte) exposition intitulée Esprit(s) de Mai 68.
L'art graphique de 1968 s'exprime tout entier dans ces affiches fragiles et souvent mal imprimées. Ce n'est guère surprenant. L'École des beaux-arts et celle des arts décoratifs (rebaptisées à l'époque Ateliers 
populaires n°1 et n°2) produisent la quasi totalité des pamphlets dessinés collés sur les murs de Paris ou distribués dans les rues. Une aubaine pour les apprenti-artistes de tout poil. La principale préoccupation de ces enragés du pinceau est la liberté d'expression. Presse et télévision, jugées à la solde du pouvoir, doivent s'extirper du carcan qui les étouffe. Le général de Gaulle, symbole estudiantin d'une France passéiste, est bien évidemment en tête de liste des indésirables. Il est la cible principale des caricatures, trahi par un physique reconnaissable au premier coup d'oeil.
La couleur est rare sur ces affiches sérigraphiées mais le noir et blanc se suffit à lui-même. Il dramatise
le message par ses
contrastes et ses grands aplats. Ici encore, la force évocatrice d'un dessin vaut mille discours. Contrairement aux Etats-Unis, la guerre en général (du Vietnam en
particulier) n'est pas vraiment abordée. La critique de la société de consommation non plus, même si les codes graphiques des publicités sont détournés ou retournés astucieusement pour servir le propos.
Si les affiches nécessitent un minimum de préparation, les graffiti inscrits sur les murs font la part belle au coup de sang ou à l'improvisation. Plusieurs photos d'époque (ci-dessous) montrent quelques spécimens de ces fulgurances. Des esquisses de bandes dessinées recouvrent alors les murs des cages d'escalier des universités. Les artistes de l'instant réalisent leurs plus beaux phylactères pour faire parler les personnages dans un ton satirique et impertinent lu dans les pages de Pilote ou de Hara-Kiri. La preuve par l'exemple que la bande dessinée est enfin passée à l'âge adulte.
L'exposition Esprit(s) de Mai 68, dans l'allée Julien Cain de la BnF (Quai François Mauriac, Paris 6ème), est visible jusqu'au 21 septembre.


