02 juin 2009
Long time ago when they were fab.
Le jeu Guitar Hero d'Activision, sorte de karaoke pour guitariste amateur, fait un tabac dans le monde entier, vendu à des millions d'exemplaires. On sait peut-être moins qu'il possède un concurrent avec Rock Band, un jeu tout à fait identique mais créé par Electronic Arts. Le 9 septembre prochain (plus connu sous l'acronyme 09-09-09), le public risque fort d'entendre parler de ce dernier car sortira dans le monde entier The Beatles Rock Band, qui n'est ni plus ni moins que la déclinaison liverpudlienne du jeu. Et pour bien préparer les esprits à cette déferlante annoncée, un superbe trailer est déjà visible. Une animation parfaite qui reprend quelques étapes de la carrière des Fab Four. En ce qui concerne la bande son, le connaisseur sera considérablement choqué d'entendre Here Comes the Sun placée à l'époque de Sgt Pepper mais applaudira des deux mains le choix de la dernière chanson I am the Walrus, une des meilleures compositions de John. 2'29 de nostalgie.
13 février 2009
La traque. Episode 5.

Le 24 novembre 1966, les Beatles décident d'entrer dans les locaux d'Abbey Road pour enregistrer un nouvel album. La folie de la dernière tournée américaine les a convaincus d'arrêter les concerts. Ils peuvent désormais se consacrer exclusivement au travail en studio. Il leur faudra neuf mois, dont cinq de studio, pour accoucher de leur nouveau 33T : Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Pendant cette période, extraordinairement longue pour l'époque, les journaux s'en donnent à coeur joie : les Beatles sont finis, dépassés, à court d'idées. Magistrale erreur. A la sortie du disque, le public découvre l'un des albums les plus inventifs de la décennie, sorte de pierre angulaire de la musique pop, plaçant ses auteurs, une fois de plus, loin devant leurs concurrents.
Les séances d'enregistrement ne sont qu'expérimentations, tentatives et essais en tout genre. L'un de ceux-ci, peut-être pas le plus spectaculaire, marque profondément l'imaginaire du jeune Jean-Christophe Menu. C'est le lock groove enregistré, summum de l'élégance, du psychédélisme et de l'inventivité réunis (voir planche ci-dessus à droite). Le sillon sans fin qui clôt la face d'un vinyle (pour éviter que le diamant ne s'abîme sur le centre du disque) est en effet la plupart du temps silencieux. Or, il arrive par bonheur que certains soient enregistrés. Et celui de Sgt Pepper's est tout simplement le premier du genre.
Avec Lock Groove comix n°1, Jean-Christophe Menu nous entraine dans sa quête effrénée des lock grooves enregistrés. Mais il nous parle également, encore un, de sa passion irrépressible pour les Quatre de Liverpool. En six planches, il rassemble ses souvenirs pour raconter une histoire aussi émouvante que passionnante : comment les Beatles l'ont sauvé du hit-parade !
Toute ressemblance avec des pochettes de disques ayant existé n'est bien évidemment pas fortuite. Vous trouverez ci-dessous et dans l'ordre, les originaux chouettement reproduits par Menu.
Et même un Wings (moi je ne m'en suis pas lassé) :
Images : © Menu/L'Association - EMI.
08 décembre 2008
La traque. Episode 4.
Le 4 mars 1966, lorsque John Lennon confie à Maureen Cleave, journaliste au London Evening Standard, "Aujourd'hui, nous sommes plus populaires que Jésus", il a parfaitement raison. Peu de pays sur le globe échappent en effet à la Beatlemania. L'Argentine, pourtant régulièrement étouffée par la main de fer d'un gouvernement militaire, succombe elle aussi au charme électrique des Fab Four. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les strips dessinés par un certain Joaquin Salvador Lavado, alias Quino. Parus à partir de 1964 dans les pages de l'hebdomadaire Primera Plana, ils mettent en scène une petite fille au regard légèrement désabusé mais terriblement aiguisé sur sa vie quotidienne, et par extension, celle de son pays. Son prénom : Mafalda !
Quino ne cache pas son admiration et sa reconnaissance pour le groupe de Liverpool. En dédicace des tomes 3 et 5 des intégrales de Mafalda parues au début des années 70, l'artiste annonce clairement la couleur. D'une part, il dédie nommément un des volumes au groupe (nous reviendrons plus loin sur l'air dégoûté de Manolito). D'autre part, il invente une citation de Paul McCartney, renvoyant à la légende urbaine lancée le 12 octobre 1969 par le DJ américain Russ Gibb sur la prétendue mort du bassiste (voir Paul is dead). Cette phrase est d'ailleurs assez proche de l'humour de l'artiste qui déclara à l'annonce de cette surprenante nouvelle : "Pourquoi suis-je toujours le dernier à être mis au courant de tout ?"
L'arrivée du Rock'n'Roll est un véritable choc de générations. Celle des Beatles accentue le phénomène. Les cheveux longs, les déhanchements, la sexualité sous-jacente, les hurlements des fans, tout contribue à ce que les jeunes se démarquent de leurs parents. Le monde de Mafalda traduit bien cette réalité :
Pour Mafalda, la découverte des Beatles est une révélation. Jamais personne n'a aussi bien décrit ce qu'elle ressent au plus profond d'elle-même. Qui dit Fabuleux, dit Fab Four, évidemment, le repère absolu en toute circonstance (les paroles du premier strip, But when I saw him with you/I could feel my future fold, sont tirées de la chanson What Goes On sur l'album Rubber Soul) :
Le sujet des Beatles ne supporte pas vraiment la contradiction et ne peut être utilisé à mauvais escient. On aime les Beatles ou bien on est mis sur la touche :
Dans le monde de Mafalda, aimer les Beatles n'est pas seulement une évidence, mais plus encore un besoin naturel. Que Manolito déteste le groupe est aussi choquant qu'incompréhensible puisqu'il est le seul de sa génération. Le fils de l'épicier, obnubilé par l'argent, doit résister à une pression énorme de la part de ses camarades pour ne pas céder à la beatlemania ambiante (les paroles de l'avant-dernier strip sont tirées de la chanson I'm Looking Through You sur l'album Rubber Soul) :
Mafalda aime les Beatles à la folie. Quoi de plus normal qu'elle épingle quelques posters de ses idoles au-dessus de son lit ? Au hasard des strips, l'œil expérimenté du fan reconnaît aisément la pochette de Beatles For Sale et de Rubber Soul.
Susanita, la meilleure amie de Mafalda, préfère quant à elle épingler des portraits de Ringo Starr sur les murs de sa chambre. Ce n'est pas très étonnant quand on sait que le batteur des Beatles était celui des quatre qui recevait le plus de courrier de la part des fans :
Enfin, pour conclure, retour sur Manolito le rabat-joie, avec un strip en étrange résonance avec l'actualité :
Grand merci à señor Cyril pour ses traductions.
Images : © Joaquín S. Lavado (Quino)/Caminito
09 novembre 2008
La traque. Episode 3.

Marcel Gotlib est un géant de l'Umour et des Bandessinées. C'est un fait qui ne souffre aucune contestation. Le co-créateur de L'Echo des Savanes et de Fluide Glacial, Grand Prix d'Angoulême en 1991, a considérablement marqué le paysage du 9ème art à grands coups de poilades. Mais ce que le grand public sait moins, c'est que l'artiste est né le 14 juillet (!) 1934. Il a donc 26 ans à l'aube des années 60. Le bel âge pour apprécier à sa juste valeur le tsunami musical qui allait foudroyer la jeunesse mondiale. Non, Marcel Gotlib n'a pas échappé à la fascination procuré par quatre petits gars de Liverpool aux cheveux, ma foi, un peu longs, mais aux idées loin d'être courtes. Il n'est qu'à voir l'hommage plein de tendresse qu'il adresse aux Beatles dans le numéro 554 de Pilote paru en mai 1970. Le 10 avril de la même année, Paul McCartney annonce en effet à la presse qu'il quitte le groupe. Les dissensions sont telles entre les membres du quatuor que l'atmosphère est devenue irrespirable. Les fans sont sous le choc, abasourdis par cette nouvelle qui les prend totalement au dépourvu. Que les chantres de l'amour se séparent de cette manière est proprement inconcevable. Est-ce donc vraiment la fin des Beatles ? A cette question, Gotlib répond avec sagesse. Oui, peut-être, certainement même, mais là n'est pas le plus important. Leur oeuvre reste. En cadeau.
Et leur œuvre, on la retrouve plus d'une fois au détours des pages de l'ami Marcel. Les scouts qui traversent la rue, emmenés 
par Hamster Jovial , rejouent bien sûr la jaquette de l'album Abbey Road (même si, sur l'originale, George Harrison ne met pas la main sous la jupe de Paul McCartney). En juin 1970, Pervers Pépère investit la couverture du numéro 36 de Fluide Glacial habillé d'une belle tenue du sergent du même nom. Il est à noter que, si on se réfère à la pochette de l'album, c'est George Harrison que Gotlib choisit comme modèle. Considère-t-il le "quiet Beatles" comme le plus pervers des quatre ? En tout cas, il récidive dix ans plus tard, en noir et blanc, en reprenant ce visuel comme page de garde de l'album de son vieillard de héros.
Auparavant, Gotlib avait parsemé ses impayables Rubrique-à-Brac d'allusions aux chansons des Fab Four. Dans le tome 1 par exemple, paru en 1970. Le gag intitulé "Le savetier et le financier" reprend les paroles d'un morceau bien connu expliquant que la seule chose dont on a besoin est l'amour. N'est-ce pas la meilleure (la seule ?) réponse possible aux insultes d'un financier ?
Dans le tome 4, paru en 1973, l'allusion est plus fine. Les paroles que chante un certain Oreste en repeignant son plafond sont tirées de la chanson Fixing a Hole de l'album Sgt. Pepper's Lonely Heart Club Band (on y revient). Si l'extrait convient parfaitement à l'action du personnage, le sens général de ce morceau est peut-être beaucoup moins en phase avec le propos puisqu'il évoque la marijuana. Quoi qu'il en soit, le gag intitulé "Histoire désopilante" est tout simplement... désopilant.
Enfin, toujours dans ce tome 4, une allusion encore plus fine. Cette fois, c'est George Harrison (encore lui) qui est représenté dans le gag (pour le moins grinçant) intitulé "Désamorçage". La chanson Biaffrogalistan Desh ne fait partie ni de son répertoire ni de celui des Beatles mais elle fait référence au concert pour le Bangladesh qu'Harrison organise le 1er août 1971 au Madison Square garden de New York. Emu par les catastrophes terribles qu'occasionne le cyclone Bhola sur le pays (300 à 500 000 morts), le guitariste des Beatles invite ses amis à participer à ce premier grand concert de charité de l'histoire. Ravi Shankar, Ringo Starr, Eric Clapton, Bob Dylan et Billy Preston répondent présents.

Images : © Gotlib/Audie-Fluide Glacial,Gotlib/Dargaud,Emi,Warner.
15 octobre 2008
La traque. Episode 2.
La date du 6 juillet 1957 résonne dans le cœur des beatlemaniaques aussi fort qu'un couplet de Helter Skelter. C'est en effet ce jour précis, lors de la fête paroissiale de l'église de Woolton, à Liverpool, que Paul McCartney rencontra John Lennon. Le premier avait 15 ans, le second 16, et l'histoire de la pop music en fut à jamais bouleversée. Tout comme Yves Sente, qui naquit sept ans plus tard et fut bercé par les ritournelles des quatre de Liverpool. Bien des années plus tard, il proposa à Dargaud un scénario pour reprendre la série Blake & Mortimer, laissée en déshérence (malgré la courte tentative de Bob de Moor) après la mort de son créateur, Edgar P. Jacobs. Et contre toute attente, l'idée fit son chemin chez l'éditeur.
La machination Voronov, puisqu'il s'agit de cet album, est réalisé avec l'aide d'André Juillard au dessin. Ne le cachons pas plus longtemps, c'est le Blake & Mortimer post-Jacobs le plus réussi. Un graphisme irréprochable, une intrigue qui mêle le MI5, l'infâme Olrik et le KGB sur fond de guerre froide : c'est classique et ça fait mouche. Mais quand le récit fait étape à Liverpool, un certain 6 juillet 1957, l'esprit du beatlemaniaque s'échauffe. Ils n'oseraient pas ! Ce serait trop beau ! Non !?? Si ! Page 54, le professeur Mortimer a rendez-vous avec l'histoire.
La reconstitution de l'événement est confondante de réalisme. Yves Sente connaît parfaitement son sujet (il a sans nul doute
lu les pages 41 et 42 de la biographie de McCartney écrite par Barry Miles). Lorsque Philip Mortimer s'acquitte du droit d'entrée à la kermesse, un jeune homme en veste blanche, guitare accrochée sur le dos, vient d'arriver et pose son vélo contre la barrière du cimetière. Il double le professeur avant d'arriver dans le champ derrière l'église. Il vient voir jouer les Quarry Men, un groupe de Skiffle (style musical en vogue à cette époque à Liverpool) qui doit jouer à partir de 16h15 (l'horloge de l'église avance un peu). Son ami Ivan Vaughan lui en a dit le plus grand bien. Dans la troisième case, on entend que le groupe est déjà sur scène et joue un morceau des Dell Vickings intitulé Come Go With Me. Les paroles exactes sont "Love, love me darling - Come and go with me", mais le chanteur du groupe ne l'avait pas suffisamment entendu à la radio pour s'en souvenir parfaitement. Lorsque Mortimer demande son chemin dans la case 4, le jeune homme aux paupières tombantes est bien en peine pour le renseigner puisqu'il habite 20 Forthlin Road, Allerton, Liverpool. Un de ses amis (Ivan Vaughan ?) répond à sa place. Ça y est, le mystère commence à se lever : le jeune homme se prénomme Paul.
Page suivante, le professeur Mortimer s'approche de la scène pour parler
au révérend Pryce Jones (non, ce n'est pas Father McKenzie). Celui-ci glisse un mot au chanteur des Quarry Men : "Un peu bruyant pour mes vieilles oreilles, John". Paul, John, on ne peut plus en douter maintenant, c'est bien aux prémices de la formation des Beatles que nous sommes en train d'assister. Case 4, Paul s'est rapproché lui aussi de la scène et regarde avec envie évoluer son ainé un peu rebelle qui a l'air très à l'aise devant un microphone. Mortimer ne pourra pas en voir plus. Il doit continuer à poursuivre l'infâme Olrik qui s'apprête à kidnapper une petite fille. Mais que le professeur ne regrette pas trop d'être parti aussi vite. Car ce n'est qu'après le second set des Quarry Men, commencé à 17h45, qu'Ivan Vaughan présentera Paul à John, dans le grand hall de l'église. Peu de chance pour le gentleman à barbe rousse d'être le témoin de cette rencontre capitale.
Comment ? Vous n'êtes pas encore convaincu par cette démonstration ? Très bien. Alors je vais sortir de ma grosse boîte à chaussures les photos de cette journée inoubliable.
Où l'on voit sur le programme de la fête que l'entrée était bien de 6 pence pour les adultes. Lorsque l'on est auteur de bande dessinée, il faut savoir se documenter. Chapeau, monsieur Sente.














































