09 octobre 2009
Les mangas d'avant les mangas.

A Paris, dans les années 30, il y avait à chaque coin de rue ces chanteurs ambulants qui faisaient ronronner leur orgue de barbarie en reprenant les ritournelles à la mode. Et bien dans le même temps, à Tokyo, il y avait les conteurs de kamishibai. Le livre d'Eric Nash paru en septembre et intitulé "Manga kamishibai" rend hommage à ces milliers d'anonymes qui arpentaient les rues avec leur petit théâtre ambulant. A chaque arrêt, des dizaines d'enfants s'agglutinaient pour écouter les formidables histoires racontées par ces conteurs-comédiens qui appuyaient leur discours sur des panneaux dessinés reprenant les étapes clefs du récit. Pour chaque histoire, une douzaine d'images peintes à la main et fournies par des studios de dessinateurs sont tour à tour dévoilées aux spectateurs.
Chaque séance essayaient de contenter tous les spectateurs avec une succession d'histoires pour filles, pour garçons et pour adultes, sur le modèle des manga shôjo, shônen et seinen apparus après la première guerre mondiale. L'impact sur la jeunesse était assez incroyable puisque Eric Nash évalue à 2500 le nombre de conteurs dans les rues de Tokyo, chacun effectuant jusqu'à une dizaine de séances par jour devant une trentaine d'enfants à chaque fois. Le calcul donne le tournis.
La créativité est également assez étonnante. En 1931, les spectateurs du kamishibai voient ainsi apparaître un 
squelette qui louche nommé Golden Bat (image de gauche). C'est tout simplement le premier super héros en costume (sept ans avant Superman). Tous les thèmes sont d'ailleurs abordés, de l'aventure à la romance, du récit historique à la science-fiction. Les kamishibai peuvent aussi s'inspirer des dessins animés américains. Les personnages de Walt Disney et Betty Boop sont par exemple très prisés. Avec la montée en puissance d'un gouvernement japonais autoritaire et expansionniste, les kamishibai prennent un ton plus patriotique proche de la propagande (image de droite et ci-dessous).
Après guerre, soupçonnés parles autorités américaines de véhiculer l'esprit guerrier japonais, les kamishibai sont sérieusement 
encadrés. Le mode de vie des Etats-Unis y est glorifié (image de gauche). Ils sont même utilisés pour propager à travers le pays l'idée de démocratie. Une fois l'occupation américaine achevée en 1952, fleurissent les récits post-explosion nucléaire (image de droite). L'âge d'or du kamishibai s'achève brutalement avec le développement de la télévision. A la fin des années 50, le déclin est déjà perceptible. Les dessinateurs de ces petits panneaux se reconvertissent alors dans les dessins animés ou les mangas. Dix ans plus tard, les conteurs ont pratiquement disparu. Aujourd'hui, seuls quelques nostalgiques acharnés parcourent les rues de Tokyo avec leur petit théâtre ambulant. En voila un :
Images : © Nash/La Martinière.
29 juin 2009
Ankama a le sourire.

La 4ème convention Ankama qui a eu lieu ce week-end à la Porte de Versailles à Paris pose un nouveau jalon dans le développement de cet éditeur de (prendre son souffle) jeux en ligne/bandes dessinées/journaux/jeu de cartes/dessins animés/sites web/jeux sur mobile. Fondé à Roubaix en 2001, Ankama se développe sans faire trop de bruit, à son rythme, qui est quand même sacrément élevé. A la base de ce succès, Dofus, un jeu massivement multijoueurs où, à l'heure où je vous écris, 16 000 000 (!) de joueurs évoluent dans un monde heroic fantasy aux allures de dessin animé japonais. Pour information, sachez que l'abonnement mensuel à Dofus se monte à la somme (très raisonnable) de 5 euros. Je vous laisse faire le calcul. Les responsables d'Ankama ne se tournent pas les pouces pour autant. Ils embauchent (aujourd'hui 300 personnes travaillent pour la société qui est toujours basée à Roubaix), se diversifient (voir plus haut. A noter que la maison d'édition de bande dessinée est lancée en 2005) et communiquent (les premières conventions ont lieu à Lille et prennent tellement d'ampleur que la capitale est investie cette année). Si ça n'est pas une success story...
Mais alors, que peut-on trouver à la convention Ankama ? Et bien, l'événement repose en grande partie sur les déclinaisons liées au monde de Dofus. Et à tout seigneur tout honneur, le jeu lui-même. Des dizaines de dizaines d'ordinateurs sont installés pour que les joueurs puissent rassasier leur passion ou tout simplement découvrir le phénomène. Ne nous méprenons pas, si Dofus possède une esthétique et, disons, un ton général plutôt orienté jeunesse, la tranche d'âge des utilisateurs est beaucoup plus large que la seule adolescence (la richesse et la complexité du jeu y sont pour beaucoup). La preuve pendant le week-end.
Et que serait un salon orienté manga sans cosplayers ? Outre les statues monumentales montrées plus haut, on peut croiser en chair et en os un certain nombre de créatures tout droit sorties du jeu. Bravo à tous ces acharnés.
Pour les plus sportifs, un tournoi de... Boufbowl est organisé. Ne me demandez pas les règles. En tout cas, ça amuse beaucoup les enfants.
En continuant la visite, impossible de manquer l'espace produits dérivés. Et comment résister à l'achat d'un Tofu, d'un sac à dos Tiwabbit ou d'un coussin Chacha ? Tout cela est vraiment trop kawai.
Pourquoi, ensuite, ne pas faire un tour à l'espace jeu de cartes ? Au choix, spectacle sur écran géant de la finale du tournoi des champions ou affrontement en grandeur nature avec l'adversaire de son choix.
Enfin, le visiteur le plus résistant fera la queue pour les dédicaces de BD, ira faire un tour au stand des jeux sur mobiles et s'affalera comme un gros fruit blet dans ce que j'aurai la pudeur d'appeler "l'espace détente".
Même si la convention Ankama n'a pas en toute logique le succès et l'envergure du Godzilla Japan Expo (rendez-vous la semaine prochaine), elle a déjà fière allure. Certes, la connaissance du monde de Dofus est indispensable pour apprécier un tel événement. Mais ce genre de manifestation peut tout à fait servir de cours de rattrapage accéléré.
Images : © Thierry Lemaire.
22 janvier 2009
ZOO n°17 dans les bacs.
Avec le dix-septième numéro du magazine ZOO, vous allez une fois de plus vous immerger avec délice dans le grand bain de la bande dessinée. A commencer par la superbe couverture, réalisée par Léo, l'auteur de Kenya et des mondes d'Aldébaran. Au sommaire des 60 pages de ce gratuit, vous aurez droit à quelques cours de natation avec Léo justement, Winshluss, Dave Gibbons, Bill Plympton, Daniel Maghen et Hermann père et fils. Vous pourrez plonger dans la BD sud-africaine, une exposition d'estampes japonaises, le film Spirit et les kids comics. Et enfin vous pourrez nager sans fin avec les éditions de la Cafetière et Kana, Posy Simmonds et Roba, Dupuy & Berberian et Jason, les Watchmen et l'Eternaute. Comme d'habitude, il y en a pour tous les niveaux, depuis Alain Bernard jusqu'au marin breton terrorisé par la grande bleue. Mais une chose est sûre, l'eau est toujours bonne.
Comment faire pour le
lire ? Se rendre sur un des 600 plongeoirs points de distribution en France et en
Belgique (Virgin, Espaces culturels Leclerc, FNAC, librairies BD,
Lina's café, festivals, universités, cafés littéraires, etc, etc, etc) et retirer un
des 100 000 exemplaires. Pour les autres, télécharger la version pdf sur le site internet.
Et
si vous êtes encore plus pressés, voici mes contributions au présent
numéro (regardez dans les liens à droite pour lire tous mes articles
dans ZOO) :
Et pour ceux qui vont défier les grèves de la SNCF pour se rendre à Angoulême, n'hésitez pas à venir nous saluer sur notre stand, dans "Le monde des bulles", situé dans l'enceinte des grands éditeurs.
18 novembre 2008
Le manga a une longueur d'avance.
C'est en tout cas la conclusion que l'on peut tirer en sortant de la magnifique
exposition organisée
par la Bibliothèque nationale de France dans ses locaux de la rue Richelieu. Intitulée Estampes japonaises, Images d'un monde éphémère, elle présente au public 150 œuvres exceptionnelles appartenant à l'Ukiyo-e (littéralement, images d'un monde flottant, par opposition aux images du monde sacré). La période Tokugawa (1603-1867) pendant laquelle cet art se développe est une ère de paix et de prospérité propice à toutes les audaces. Et c'est à Edo (aujourd'hui Tokyo), entre le quartier des théâtres et celui des plaisirs, que l'inspiration vient aux artistes.
La technique de
réalisation de ces estampes est simple et délicate à la fois. On plaque sur une planche de bois de cerisier une feuille transparente sur laquelle a été exécuté le dessin 
au pinceau et à l'encre de Chine. Puis un artisan, graveur sur bois, taille le bois à l'aide de ses outils (à gauche) en évidant les parties non dessinées. La planche ainsi taillée (à l'extrême droite) est encrée par la brosse de l'imprimeur. Il n'a plus alors qu'à y poser une nouvelle feuille de papier pour obtenir l'estampe définitive (à droite). A noter que pour les estampes polychromes, on utilise une planche par couleur (jusqu'à une quinzaine pour des dessins aux couleurs variées).
Pour l'amateur de bande dessinée, la contemplation de ces témoignages de la vie japonaise des XVIIIème et XIXème siècles est proprement stupéfiante. La modernité des techniques de représentation ne laisse aucun doute sur l'influence de ce patrimoine sur les mangakas contemporains. La contrainte de la gravure sur bois impose ce style simplifié immédiatement reconnaissable. Pourtant, cela n'empêche pas les dessinateurs de réussir à traduire les expressions les plus variées. Ainsi, un trait bien placé leur suffit pour illustrer certaines subtilités comme la méfiance ou la colère contenue.
La recherche picturale se reporte alors sur d'autres facettes du dessin, comme les cadrages par
exemple. Les gros plans, comme celui de Sawamura Sôjurô, un acteur du théâtre kabuki réalisé par
Utagawa Toyokuni (à gauche), surprennent par leur originalité. Les compositions sont également très soignées. Dans "En allant admirer les cerisiers en fleurs à Kiyomizu-dô au temple Kan'eiji à Ueno", du même Toyokuni (à droite), les visages des femmes, presque tous tournés vers la gauche, donne un sens de lecture à l'estampe, j'allais dire la case.
Même souci pour la traduction du mouvement. Ainsi, comment ne pas
rester bouche bée devant cette "Beauté sautant dans le vide depuis le balcon du temple Kiyozumi" (à gauche) ?
Me croirez-vous si je vous dis que ce dessin de Suzuki Harunobu date de 1765 ? Stupéfiant, n'est-ce pas ? Continuons avec la profondeur de champ. "Mishima. La brume matinale" (à droite), dessiné vers 1835 par Andô Hiroshige, est un modèle du genre. Regardez les arrière-plans : ils sont matérialisés en ombres chinoises pour faire ressortir le petit groupe placé au milieu de l'estampe. La lisibilité est parfaite. Un coloriste contemporain ne ferait pas mieux.
En fouillant bien dans les collections, on trouve même des effets particulièrement réussis.
Ouvrons donc un recueil d'illustrations érotiques pour apercevoir à la dérobée un couple largement dénudé, croqué par ce petit sacripant de Toyokuni (à gauche). La magnifique moustiquaire qui occupe pratiquement la totalité de l'image, place un voile (presque) pudique sur des détails anatomiques, disons, un peu flatteurs. Mais peut-être que ce filet aux fines mailles n'est présent que pour mieux augmenter l'excitation du lecteur ? A chacun de juger. L'effet est en tout cas saisissant.
Alors oui, le manga dispose d'une longueur d'avance sur la bande dessinée européenne.
Et grâce à cette exposition, l'affaire est entendue. A une époque où le Suisse Rodolphe Töppfer (1799-1846, considéré comme l'inventeur de la bande dessinée et son premier théoricien) n'était pas encore né, le Japon posait déjà les bases des codes graphiques de ce qui allait devenir le 9ème art. On le voit bien à la lumière des descriptions de quelques spécimens, ces images éphémères pourraient presque être tirées de publications récentes. Et "Les feux des renards à la veille du Nouvel An sous l'arbre d'Oji", dessiné vers 1857 par Hiroshige (à droite) pourrait tout à fait en constituer la couverture.
Quant à cette mer tourbillonnante (à gauche) dessinée par Hiroshige, qui rappelle
évidemment la Grande vague de
Kanagawa (à droite), première des 46 vues du mont Fuji réalisées par Hokusai (qui écrivit notamment une encyclopédie illustrée du Japon intitulée... Manga), n'a-t-elle pas tous les caractères d'une case de bande dessinée ? La stylisation des courbes, le dégradé de couleurs des vagues (il y aurait tant à dire sur le bleu de Prusse), les oiseaux si simplifiés et pourtant si réels, le mouvement de la mer comme décomposé. Comment croire que cette image date de 1853 ? Les repères sont brouillés, le passé télescope le présent jusque dans le nom de cette estampe, qui s'intitule... Les tourbillons de Naruto.
L'exposition Estampes japonaises, Images d'un monde éphémère est présentée à la BnF (58 rue Richelieu, 75002 Paris) du 18 novembre au 15 février 2009.
Images : © Thierry Lemaire - BnF
09 juillet 2008
Japan Expo 2008 - 3/3
A Japan Expo, on pouvait enfin croiser une jeune cosplayeuse à tendance gothique, quatre baroudeurs qui se la pétaient grave, des épées peut-être un petit peu trop grandes, deux grandes petites filles, un petit machin au chapeau rose géant, le stand de café/salé, un décolleté "Oh, my god !", un stand paramilitaire très décontract', une grosse araignée, une petite statuette sympathique, un totoro qui pionce, un dragon ball (?), Cha et Bastien Vivès qui dédicacent sur le stand KSTR, un couple SM en train de jouer à l'ordinateur et la foule qui part en grappes.
08 juillet 2008
Japan Expo 2008 - 2/3
A Japan Expo cette année, il y avait aussi du monde, un TB-TT (Transport Blindé Tout-Terrain) presque grandeur nature, des gens qui se tapent dessus, Hub qui dédicace Okko, le vaisseau d'Albator, des punks, du monde qui fait la queue pour je ne sais pas quoi, un Japonais que je ne connais pas qui vient dédicacer sous les hurlements hystériques des fans, un petit machin rose géant, un type qui saute, du monde, des gens qui dansent devant un écran d'ordinateur, une boutique pour s'habiller comme une soubrette, un défilé de cosplayer sur une scène, et... beaucoup de monde.
A demain pour la suite et fin.
07 juillet 2008
Japan Expo 2008 - 1/3
A une autre époque, au temps où la France comptait dans ses rangs une femme Premier ministre, celle-ci avait eu l'imprudence de déclarer en privé qu'elle considérait les Japonais comme des fourmis jaunes. Aujourd'hui, en cette ère où le politiquement correct fait loi, il convient de nuancer les propos d'Edith Cresson. Nos amis Nippons sont certes industrieux mais surtout, ils sont dingues. Et le plus grave (le meilleur ?) dans cette histoire, est le haut degré de contagion de leur folie douce. Il n'est qu'à voir la foule qui s'est pressée ce week-end à Villepinte pour participer au désormais grand rassemblement du loisir japonais en France. Aux dernières nouvelles, la 9ème édition de ce festival a en effet rassemblé près de 100 000 personnes dans les grands halls d'exposition situés au Nord de Paris.
Mais alors, qu'est-ce qu'on y trouve à la Japan Expo ? Et bien des stands, plein de stands, qui proposent du manga, des produits dérivés, des vêtements, des jeux vidéos, du manga, des produits dérivés, etc. Rien de bien révolutionnaire dans cette boutique géante mais de quoi rassasier les nipponophiles boulimiques. Ajoutez à cela quelques séances de dédicaces et des animations en tout genre (arts martiaux, catch, jeux, etc) et vous aurez une bonne idée de l'ambiance de la kermesse de l'empire du soleil levant. Toutefois, si l'on ne devait retenir qu'une seule image de ce grand rassemblement, ce serait sans aucun doute celle des centaines de cosplayers cheminant l'air de rien entre les tristes visiteurs venus sans costumes.
Mais trêve de bavardage et plongeons-nous dans l'effervescence d'un week-end ultra kawaii où l'on a pu croiser un troupeau de Pikachus, des danseurs, un Naruto géant, une dispensatrice de free hugs perdue dans la foule, des méduses géantes, des oreilles de lapin, un stand de vibrations très spéciales, un intrus, un petit machin rouge géant, une allumeuse, une petite statuette bien sympathique, deux petites filles modèles, un Beltran qui dédicace Mégalex, des Barbapapas, un sniper serbe, mais pas de ratons laveurs.
A demain pour la suite.








































































