Voyage au centre de la BD

Au cœur de la création, de l'actualité et du patrimoine de la BD. Il n'y a pas tout, mais il y a ce que j'aime.

10 septembre 2009

Promenade sur le Lac aux Vélies

nosfell01nosfell02Si vous aimez les ambiances qui dérangent, les dessins qui mettent mal à l'aise ou les univers étranges, une seule adresse en ce moment : l'espace EOF, rue Saint-Fiacre à Paris. Depuis hier, une exposition consacrée au Lac aux Vélies, ce conte musical imaginé par l'auteur-compositeur-interprète Nosfell (à droite), est présentée dans l'espace sur deux niveaux situé près des Grands Boulevards. Le chanteur avait créé cette composition pour la Cité de la Musique en 2007. Pour sa sortie en CD en juin dernier, le livret de ce "pop-opéra baroque" était  publié en album par Futuropolis, illustré par Ludovic Debeurme. Tout ceci ne pouvait qu'accoucher d'un objet assez singulier.

Nosfell possède en effet la particularité de chanter en Klokobetz,  une langue qu'il a inventée, mélange de sonorités slaves et de dialectes qui auraient leur place dans le Seigneur des Anneaux. Si la musique, aux accents classiques, n'a rien d'extravagant, le mélange des deux donne une curieuse impression à l'auditeur. Quant au dessin de Ludovic Debeurme, à mi-chemin entre Roland Topor, Stéphane Blanquet et Charles Burns, friand de situations grotesques et de freaks inquiétants, il place immédiatement le lecteur-voyeur dans une position inconfortable. Le dialogue entre ces deux univers procure une sensation de fascination ou de dégoût qui de toutes manières ne laisse pas indifférent.

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La salle supérieure de l'espace EOF, claire et spacieuse, propose au visiteur les originaux des dessins réalisés pour le livret et des croquis inédits (voir ci-dessus). Les plus téméraires descendront dans les sous-sols du bâtiment pour découvrir l'installation constituée de tableaux, de fresques murales et de théâtres d'ombres (voir ci-dessous). L'entrée est gratuite, alors pourquoi se priver de cette découverte ?

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Jusqu'au 19 septembre à l'espace EOF, 15 rue Saint-Fiacre Paris 2ème, entrée libre.

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Images : © Thierry Lemaire.

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17 juin 2009

Vraoum! une expo qui fait du bruit

Pour lire la note, cliquez ICI.

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06 juin 2009

Art Spiegelman, vu de l'intérieur

art01expo_art_spiegelmanQuand un artiste du calibre d'Art Spiegelman se déplace jusqu'à Paris, il ne faut pas hésiter à deux fois avant de suivre ses pas. Jeudi soir dernier, le dessinateur new-yorkais participait au vernissage d'une exposition qui lui est dédiée à la galerie Martel. Une foule compacte avait soigneusement noté ce rendez-vous et débordait de la salle unique pour investir le trottoir et la rue, gênant joyeusement la circulation. Pourquoi un tel enthousiasme ? Et bien pour deux raisons.

D'abord parce que cet accrochage propose un panorama de la carrière de l'artiste. Spiegelman s'est fait connaître du grand public à travers Maus, sa brillante et poignante évocation de la Shoah. La seule bande dessinée à avoir obtenu le Prix Pulitzer, avouez que ce n'est pas rien. Mais ce chef d'œuvre a totalement occulté, toujours pour le grand public, le reste de ses travaux. Souvenons-nous quand même que Spiegelman est l'un des piliers de la BD américaine underground, et qu'il a entraîné dans son sillage des auteurs comme Chris Ware, Charles Burns ou Dan Clowes. L'idée de mettre en lumière la partie "cachée" de son œuvre est une initiative à applaudir des deux mains. C'est d'ailleurs une première en France.

art03art02L'autre raison de se réjouir de cette exposition est le parti pris résolument graphique de la galerie Martel. Plus que le résultat final, ce sont les différentes étapes du processus créatif qui sont mises en avant. Esquisses, croquis, dessins préparatoires, travaux de recherches montrent et soulignent la technique de Spiegelman, réfléchie voire anxieuse. Quant au clou du spectacle, si je puis dire, un mur où des dizaines de carnets de croquis sont fixés, il présente une autre facette de l'artiste, cette fois plus instinctive. Pas forcément la plus naturelle pour lui.

Ces deux mosaïques d'images vous donneront un aperçu des œuvres exposées. Avec, de haut en bas et de gauche à droite, le mur des carnets de croquis, la couverture d'un livre sur Boris Vian, l'espace réservé aux illustrations publiées dans le New Yorker (journal pour lequel il réalisa un certain nombre d'illustrations), le dessin Crossroads (vendu 24 000 €), le mur Maus, le dessin Head (vendu 12 000 €), le mur Raw (le magazine alternatif qu'il avait lancé en 1980), le dessin préparatoire à la couverture du livre The New York trilogy de Paul Auster, le résultat final, une illustration pour Maus, deux planches de réflexion sur Mein Kampf, et enfin des illustrations de livres pour enfants.

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Et puis comme une note sans people manquerait de consistance, voici quelques célébrités du petit milieu de la BD qui étaient présentes, souvent un verre à la main, pour participer au vernissage. Avec par ordre d'apparition à l'écran, Art Spiegelman et Florence Cestac, Benoît Peeters et Dominique Petitfaux, Jacques Tardi et Lorenzo Mattoti, Blutch et Michel Edouard Leclerc, ce qui faisait quand même trois Grand Prix de la ville d'Angoulême dans l'assistance !

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Images : © Thierry Lemaire.

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29 mai 2009

Peellaert is only Rock'n'Roll (But I Like it).

peellaert12peellaert02Il fut un temps, les plus anciens d'entre nous s'en souviennent peut-être, où Photoshop n'existait pas. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les montages photographiques se faisaient à la main - mais oui ! - avec une bonne paire de ciseaux et de la colle Uhu en stick. Et pourtant, cela n'empêchait pas certains artistes comme Guy Peellaert de faire du très bon boulot.
En 1973, le plasticien belge publie en effet Rock Dreams, un recueil de collages et de textes illustrant les icônes du bon vieux Rock'n'Roll, alors à la croisée des chemins (Crossroads pour les amateurs de Cream et de Robert Johnson réunis). On se souvient qu'en 1968 paraissait Pravda la Survireuse, BD de Peellaert dans laquelle l'héroïne empruntait déjà ses traits à  une chanteuse, en l'occurence Françoise Hardy. Dans Rock Dreams, la plume de Nick Cohn, immense critique rock, répond aux découpages de Peellaert. Un livre assez nostalgique, sorte de témoin de l'enterrement en règle des années 60, au sens propre comme au figuré (cf ci-dessous The EndJim Morrison, Brian Jones, Janis Joplin et Jimi Hendrix, tous morts en l'espace de deux ans, partagent la même funeste affiche). Et aujourd'hui, le musée Maillol a la très bonne idée d'exposer 30 de ces œuvres pour faire revivre quelques semaines l'insouciance des années 50 et 60.

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La galerie de portraits est savoureuse (encore plus pour les connaisseurs) et l'humour de Peellaert sonne juste. Bercé par une bande son appropriée, le visiteur exécute quelques pas de danse en passant de cadres en cadres. Certains, les plus atteints, restent plantés de longues minutes devant des visuels bien précis. Les internautes qui me font l'amitié de visiter régulièrement ce blog savent bien où je veux en venir. Il y aura d'abord Donovan, le ménestrel écossais présent en 1968 à Rishikesh pour écouter la bonne parole du Maharashi. Il y aura ensuite Phil Spector, le producteur fou coupable, selon McCartney, d'une tentative de Wall of sound pendant le mixage de Let it Be. Il y aura enfin Strawberry Fields, où les petits gars de Liverpool échappent, hilares, à tout ce que la couronne britannique compte de vieilles badernes.

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Un artiste qui parle ainsi des Beatles ne peut pas être foncièrement mauvais. C'est d'ailleurs ce qu'ont pensé en 1974 les Rolling Stones en lui confiant la réalisation de la pochette de It's Only Rock'n'Roll (voir plus haut la version N&B) et David Bowie en faisant de même pour Diamond Dogs :

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"Bye bye, bye baby, bye bye", une superbe exposition à voir au musée Maillol (Paris VIIè) jusqu'au 28 septembre.

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Images : © Thierry Lemaire.

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24 mai 2009

Jeu, set et cases à Roland-Garros.

Tennis02Tennis05Après avoir fait le plein de terre battue, de balles sur la ligne, de services gagnants, de lobs liftés et de passing de revers, l'amateur de tennis a le droit de se détendre en visitant une exposition sur le tennis et la bande dessinée. Le Tenniseum, alias le musée du tennis à Roland-Garros, l'a fort bien compris en organisant "Bulles et balles", une sympathique exploration de la représentation de ce sport de gentlemen à travers le 9ème art. Et bien contrairement à ce que l'on pourrait croire, on ne s'ennuie pas une seconde en parcourant les 800 m² d'une exposition variée et cohérente. Certes, les planches de Raymond Reding, auteur de la série Jari dans laquelle évolue le champion Jimmy Torrent (triple vainqueur de Roland-Garros, ce n'est pas rien), et d'André Chéret, qui délaissa un court instant Rahan pour dessiner l'épopée de Yannick Noah en 1983, sont un peu datées, mais il fallait bien les présenter pour donner corps à un parcours en huit chapitres (Du jeu de paume au tennis moderne, Les règles de l'art, Pour l'amour du geste, Blessures d'amour-propre, Tournois et spectateurs, Training et coaching, La solitude du héros et L'épopée des champions).

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Et puis le tout est saupoudré de planches ou de cases extraits de séries que l'on connaît mieux et dont le sujet n'est pas spécifiquement le tennis. Les cases de Bécassine, Boule et Bill, Léonard, Cubitus, Mademoiselle Louise, Babar prennent toute leur saveur. Pour couronner le tout, quelques planches originales parsèment l'exposition. Et pas n'importe lesquelles. Une de Mademoiselle Louise de Geerts, une de Taka Takata de Vicq et Azara, mais surtout un Snoopy et un Marsupilami de toute beauté (celui où le surprenant animal assiste à un match de tennis et attrape la balle avec sa queue au milieu d'un point décisif).

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Si je vous dis qu'en plus de tout ça, vous trouvez un espace dédié au Rendez-vous de Sevenoaks de Rivière et Floc'h (qui se déroule en partie dans un club de tennis), des dessinateurs en train de dessiner projetés sur une grosse gomme et un vrai-faux tournoi de Roland-Garros qui met aux prises Babar, Donald, Bécassine, Pif et bien d'autres, voue vous ruerez porte d'Auteuil. Et vous aurez raison.

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Exposition "Bulles et balles", du 20 juin au 31 décembre 2009, Tenniseum de Roland-Garros.

Images : © Thierry Lemaire.

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07 avril 2009

Hugo Pratt : un trait de génie.

pratt02pratt03On a tant commenté, décortiqué les histoires de Corto Maltese qu'on en oublie parfois la qualité du dessin de son créateur, le génial et fantasque Hugo Pratt. L'exposition organisée par le musée des Beaux-Arts Thomas Henry de Cherbourg va réparer cette injustice. Intitulée Périples secrets (après avoir parcouru l'exposition, on ne sait pas très bien pourquoi. Mais l'habitude veut qu'on accole à Pratt, amateur et fin connaisseur de l'ésotérisme, tout adjectif synonyme de mystérieux, magique, cabalistique ou ténébreux. Pour mémoire, la précédente exposition organisée à Sienne en 2005 et dédiée aux aquarelles du maestro, s'intitulait Périples imaginaires. On ne se refait pas.), elle met l'accent sur le trait plutôt que sur les scénarios. C'est loin d'être une surprise. Les Biennales du 9ème art mises en place depuis 2002 dans les locaux du musée de Cherbourg par l'Artothèque municipale sont justement consacrées pratt06pratt07au dessin et à ses modes de reproduction (les précédents invités étaient Bilal, Schuiten, Juillard et Loustal).
L'exposition Périples secrets est divisée en une demi-douzaine de salles avec pour fil conducteur le cheminement entrepris par Pratt durant toute sa carrière, c'est à dire la recherche de la simplification. Dominique Petitfaux, qui lui a consacré plusieurs livres, la définit en ces termes : "Son évolution est extraordinaire. En 1945, il imite les Américains (Terry and the pirates de Milton Caniff). Puis il épure son trait. Son rêve est de raconter une histoire avec une seule ligne."
Si l'exposition ne remonte pas jusqu'à ses débuts de dessinateur, la première salle est consacrée à l'énergie du trait et à des croquis à la facture "prattienne" classique. La salle suivante fait la part belle aux tirages
pratt11pratt09monumentaux de l'imprimeur d'art Frank Bordas. Une petite dizaine de portraits de Corto Maltese sont ainsi considérablement agrandis, pour un tête à tête surprenant avec le ténébreux (à moins qu'il ne soit mystérieux) marin. La troisième salle s'attarde ensuite sur les cadrages, en présentant un certain nombre de planches. Zooms arrière, travellings, importance des noirs, personnage pris au piège dans leur case rythment les accrochages et soulignent l'inventivité de l'artiste. Une inventivité qui se retrouve dans la salle suivante, consacrée à , le dernier album de Pratt. Une frise de cases parcourt chaque mur de la pièce pour former une lecture linéaire des planches qui insiste sur les pratt12pratt10effets de zoom arrière (en 2008, Casterman a d'ailleurs publié dans un format à l'italienne et en couleurs, pour une édition anniversaire des 20 ans de l'album). Et puis pour terminer ce voyage (secret ?) vers l'abstraction, le visiteur pénètre dans la dernière salle et découvre deux séries d'illustrations carrées représentant des détails en très gros plan. Le lecteur avisé reconnaît une scène de l'album Tango puis essaie de reconstituer mentalement un défilé des Gardes de la Reine et leur fameux bonnet en poil d'ours. Comme un puzzle géant dont les pièces ne coïncideraient pas, à l'image des conversations du maestro, brillantes et décousues.
pratt05pratt04A noter, pour l'occasion, la publication d'un catalogue monumental de 415 pages comprenant presque autant de croquis. 3,4 kg et 60 euros certes, mais un bien bel objet indispensable à tout fan (tiffoso ?) de Pratt. Un volume qui viendra rejoindre dans toutes les bonnes bibliothèques le précédent (Périples imaginaires, 455 pages et 60 euros également) consacré aux aquarelles. Et qui attendra patiemment la venue des suivants pour réaliser, au final, une belle anthologie du dessinateur vénitien. On obtiendra alors le premier catalogue raisonné d'un auteur de bande dessinée. Bravo.

Périples secrets, au musée Thomas Henry de Cherbourg jusqu'au 20 septembre. Entrée libre.

Images : © Thierry Lemaire.

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27 mars 2009

La BD belge de C à Y.

Regards_crois_s_08Regards_crois_s_09A force de parler de BD franco-belge, l'assimilation entre les deux pays est chose entendue dans l'esprit des lecteurs. N'y aurait-il donc pas d'identité belge à proprement parler ? Avec l'exposition Regards croisés de la bande dessinée belge, Didier Pasamonik et Jean-Marie Derscheid, les deux commissaires, se proposent de faire un tour d'horizon des auteurs majeurs du plat pays afin de déterminer, et incidemment de souligner, leur influence sur la BD francophone. Mais ici, point d'Hergé, de Franquin, de Peyo ou de Roba, gloires belges du 9ème art, les 20 artistes choisis sont tous bien vivants. De Cauvin à Yslaire (ah, c'est pour ça le titre de l'article...) en passant par Van Hamme, Geluck et Ptiluc, le panorama est large (et les ventes d'albums impressionnantes). Le choix pour l'exposition du Musée royal d'art ancien de Bruxelles, bâtiment monumental et temple de l'art, montre l'importance de la manifestation. Jamais le "Louvre bruxellois" n'avait accueilli dans ses murs des planches de bande dessinée.
Regards_crois_s_01Année de la BD en Belgique oblige, les petits plats furent mis dans les grands pour le vernissage du 26 mars. Le grand et superbe hall, noir de monde, reçut invités et auteurs exposés. Puis il fallut parcourir une longue enfilade de couloirs avant d'accéder au lieu d'exposition, pour une visite qui commence par une fresque de près de 60 mètres de long. Ever Meulen, Joost Swarte et François Avril (dans cet ordre) y rendent hommage, de manière humoristique et néanmoins respectueuse, aux héros de la BD belge - nous parlons bien sûr ici des personnages - (pour détailler la partie réalisée par François Avril, je vous invite à lire l'article du superbe blog Les passants d'Avril, qui est une mine d'or pour les fans de l'artiste). Dans les vitrines qui longent la fresque, les planches originales des classiques de la BD belge stoppent net les visiteurs en admiration. Le sceptre d'Ottokar, Tintin en Amérique (1ère version), La flûte à six Schtroumpfs, Alix l'intrépide, un gag de Boule et Bill, une couverture de Gil Jourdan, j'en passe et des meilleurs. Un délice dès les premiers mètres (maîtres ?).

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Puis l'exposition en elle-même démarre, ménageant successivement un espace à Van Hamme, Cauvin, Hermann, Walthéry, Marvano, Ptiluc, Sokal, Frank Pé, Comès, Dufaux, Yslaire, Schuiten, Geluck, Midam, Tome, De Moor, Seele, Stassen, Goblet et Van Hasselt. Des dessinateurs et des scénaristes, des Flamands et des Wallons, des hommes et... une femme, des très célèbres et des peu connus, la parité est respectée tant bien que mal. C'est un vrai plaisir d'examiner les planches de chacune de leurs oeuvres marquantes. Variété des styles, des techniques, maîtrises des couleurs, des noirs et blancs... On peut toutefois regretter qu'il n'y ait pas plus d'explications pour chaque auteur, le néophyte perdant dans cette ronde de noms certainement son latin. Mais cette lacune est compensée par deux initiatives bienvenues. La première est la réalisation de 20 vitrines permettant aux auteurs de présenter leur monde, leurs inspirations, en 2 m3. Une sorte de musée personnel dans le musée. Une moto pour Ptiluc, des maquettes architecturales pour Schuiten, des pochettes de disques de jazz pour Walthéry ou une chaise longue pour Cauvin s'invitent ainsi aux milieu des planches de BD. Ludique et réjouissant.

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La seconde initiative est remarquable : les auteurs ont pu confier leurs propres influences, en citant  chacun cinq planches issues de leur panthéon personnel. Et, ô miracle, toutes ces planches sont présentes dans le musée ! Ce n'est plus seulement du plaisir mais de l'émotion qui étreint le visiteur en passant de Little Nemo à Krazy Kat (en couleur), de Corto Maltese à Objectif lune, d'Arzach à Gaston Lagaffe, de Blueberry à Ici Même, de Terry and the pirates à... J'arrête là, la liste est trop longue. L'anthologie de la bande dessinée sous ses yeux. Un régal !

Comme quoi, rigueur scientifique et passion ne sont pas inconciliables. Une exposition à voir absolument, au Musée royal d'art ancien de Bruxelles jusqu'au 28 juin.   

Images : © Thierry Lemaire.

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18 mars 2009

Alberto Breccia, maestro caméléon.

Breccia_01Breccia_02Il est clair pour tout ceux qui connaissent son œuvre qu'Alberto Breccia n'a pas la reconnaissance publique qu'il mérite. Ce dessinateur argentin mort en 1993 à l'âge de 74 ans avait certainement une longueur d'avance sur son temps. Compagnon de route de Hugo Pratt dans les années 50, maître de José Muñoz et de Lorenzo Mattotti, cet artiste explorait les techniques de dessin comme on choisit une religieuse dans une pâtisserie, avec gourmandise. Son objectif n'était pas d'avoir du succès, ni même de publier, mais plutôt de laisser vagabonder son inventivité, pour l'amour de l'art. S'il a participé au succès retentissant de L'éternaute en Amérique du Sud, son travail n'a guère eu en Europe que l'admiration des professionnels. Rina Mattotti, qui dirige la galerie Martel ouverte depuis novembre dernier au 17 rue Martel (Paris 10e), a voulu rendre hommage au mentor de son époux Lorenzo en organisant cette exposition. L'occasion de lui poser trois questions :

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Q: Je vois que les planches ont déjà pratiquement toutes été vendues. [les prix varient entre 600 et 7 000 €]
R: Il y a beaucoup d'amateurs qui adorent son travail, qui aiment la liberté qu'il avait avec le dessin. Il disait qu'on pouvait dessiner avec tout, avec un bout de bois, un morceau de charbon, une lame de rasoir... C'est très touchant.

 

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Mais il n'a pas eu un Corto Maltese pour se faire connaître du grand public comme son ami Pratt.
Oui, ce n'était pas un dessinateur de séries. Il me disait : "Si ça se publie, ça me fera très plaisir, mais j'assume le fait que mon travail ne peut pas être publié parce qu'il n'est pas compris. J'ai besoin de le faire, de travailler en toute liberté". On voit bien sur tous ses travaux cette force expressionniste.

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Finalement, Breccia avait plusieurs décennies d'avance. Aujourd'hui, avec la même philosophie, quelqu'un comme Blutch est reconnu.
Sa force expressive, les noirs et blancs...
Un jour en se rasant, il a découvert que la lame de rasoir pouvait devenir une spatule. Il a utilisé ce procédé sur une planche pour dessiner des montagnes. Sur certaines planches de Miedo en 1973, il n'avait pas envie de dessiner les décors alors il a fait des collages. Et plus tard, il a utilisé ce principe du collage pour représenter les textures. Puis il a engagé un gros travail sur les couleurs, comme dans Dr Jekill et Mr Hyde en 1981. Une technique complètement différente. Breccia était un véritable touche à tout de génie. 

A ne pas manquer également, le petit film d'une dizaine de 10 minutes d'entretiens avec le maître sur sa technique et sa vision du dessin. Passionnant. Une superbe exposition à découvrir jusqu'à fin avril.

Images : © Thierry Lemaire, Galerie Martel.

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06 mars 2009

Une exposition joyeusement marteau à Nantes.

Requins06Requins09L’année 2009 va-t-elle entrer dans l’histoire de la BD comme étant celle des Requins Marteaux ? A ce train là, il n’y a aucun doute possible. Avec l’exposition Il était une fois l’huile présentée au « lieu unique », à Nantes, la maison d’édition albigeoise trace son chemin tambour battant.

Les Requins avaient déjà frappé fort au festival d’Angoulême : une exposition délicieusement macabre, la projection en avant-première du long métrage Villemolle 81 et pour couronner le tout, le Fauve d’or obtenu par Winshluss pour l’album Requins08Requins10Pinocchio (lequel en est déjà au deuxième retirage et lorgne sur les 40 000 exemplaires vendus). L’aventure continue dans la grande salle du « lieu unique », scène nationale d’art contemporain à Nantes, situé dans les anciennes usines LU. Ce n’était pourtant pas du gâteau de faire entrer la BD dans cet espace démesuré, habitué aux installations d’architectes ou de plasticiens. Qui d’autres que Winshluss, Cizo et Felder pouvaient relever le défi ? Coproducteur de Villemolle 81, donc parfaitement au courant de la démesure des énergumènes, le « lieu unique » leur a laissé carte blanche.

Requins02Requins05Il n’était toutefois pas question de se contenter d’un vulgaire accrochage de planches originales. Le principe de l’installation fut donc retenu, sur un thème cher au cœur des Requins. Ferraille Illustré a beau avoir disparu de la circulation un triste jour de 2006, ses lecteurs attentifs se souviennent encore avec émotion des huiles Méroll. Créée par Edouard Michel Méroll, la marque sponsorisait en effet généreusement le magazine. Dans l’esprit d’Il était une fois l’homme du regretté Albert Barillé, l’exposition Il était une fois l’huile rend donc hommage à ce liquide multi usages, « idéal pour les moteurs et parfait pour cuisiner de bons petits plats. » En une dizaine de saynètes, elle retrace, avec une exactitude absolument subjective, l’histoire de la sainte huile à travers l’humanité.

Requins07Requins01Depuis l’aube des temps, en passant par l’antiquité et le Moyen Age (ne dit-on pas « langue d’oïl » ?), l’existence de l’huile Méroll est attestée par tous les historiens. A travers quelques événements saillants, les Requins Marteaux présentent ses bienfaits. N’ayant pas peur de se mettre à dos leur principal annonceur, les fondateurs de Ferraille Illustré explorent également le côté obscur de l’huile Méroll. Marée « jaune » suite au naufrage d’une galère contenant des amphores d’huile, pollution d’un village par une usine Méroll, participation accablante dans les destructions de la seconde guerre mondiale, sans parler de cette scène de crime qui témoigne de la réaction d’un employé de la société Méroll après avoir reçu sa lettre de licenciement.

Requins04Requins03« Huile are the world » proclame l’affiche de l’exposition, et elle a bien raison. Il était une fois l’huile manie le second degré et l’humour avec dextérité. Exceptionnel pour une exposition d’art contemporain, la routine pour les Requins Marteaux. Et puis pour terminer ce beau voyage au pays de la parodie, les visiteurs ont la possibilité d’investir une petite salle toute noire pour assister à la projection du film Villemolle 81, diffusé une fois par jour. Le prétexte idéal pour découvrir la « lieu unique » et visiter Nantes . Alors que peut-on espérer de plus cette année de la part des Requins Marteaux ? Un retour de Ferraille Illustré peut-être ? Et bien c’est en préparation.

Il était une fois l'huile, jusqu'au 3 mai au lieu unique à Nantes.

Images : © Thierry Lemaire

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06 février 2009

Les petites expos cartonnent à Angoulême.

Nous passerons rapidement sur les expositions Kiriko Nananan et Afrique du Sud. Certes, elles permettaient de découvrir une artiste et la production d'un pays, tous deux peu connus du grand public. Mais encore une fois, elles se limitaient à l'accrochage de planches originales. Si l'examen des pages de la dessinatrice japonaise apprenaient beaucoup sur sa technique, leur accumulation pouvait lasser assez rapidement le néophyte.

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Quant à l'Afrique du Sud, on pouvait largement regretter que la scénographie n'ait pas mieux prix en compte le contexte socio-politique du pays, inséparable des œuvres présentées.

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Attardons-nous donc plutôt sur les réussites de ce 36ème Festival et à tout seigneur tout honneur, commençons par l'exposition créée par l'auteur de Pinocchio, élu meilleur album de l'année 2008, Winshluss. Dans le cadre de la projection de son film Villemolle 81, une pochade vidéo sur le thème des morts-vivants, les ateliers Magelis avaient été transformés en cimetière. Les tombes de Winshluss, de JC Menu (entre autres) ainsi que le mausolée Satrapi accueillaient les visiteurs et les invitaient à un recueillement amusé. La maquette du village de Villemolle trônait dans un coin, et quelques originaux de Monsieur Ferraille agrémentaient les cloisons noires comme la suie. Le tout dans une sinistre bonne humeur, à moins que ça ne soit le contraire.

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Winshluss01     Winshluss02

Il ne fallait pas rater non plus la petite salle du musée du papier pour découvrir le travail des différents membres de Sai Comics, un collectif coréen créé en 2002. Le principal acteur de la BD indépendante sud-coréenne avait transporté une dizaine d'auteurs dans l'Angoumoisin pour créer sur le thème de la ville. Planches originales évidemment, mais aussi fresques, maquettes et travail en direct sous les yeux des visiteurs créaient une ambiance de ruche très sympathique. Il ne reste plus qu'à guetter la sortie prochaine en français (chez Atrabile, Casterman, Cornélius, L'Association et Vertige Graphic) de ces dessinateurs.   

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Dans la cour de l'hôtel de ville se dressait également l'exposition Ceci n'est pas la BD flamande, à la scénographie inventive et rafraichissante. N'ayant pu m'y rendre, je vous renvoie au site de Phlau qui en fait le tour en une quarantaine d'images.

Et puis pour terminer, les plus curieux pouvaient aussi fouiner dans les nombreuses églises d'Angoulême pour découvrir des perles au milieu des travées. A l'église Saint Martial par exemple, une exposition photographique était consacrée au maestro Hugo Pratt. Son créateur, Thibault Mayaud, a parcouru le monde entier sur la trace des lieux visités par Corto Maltese. Le résultat, un carnet de voyage soufflant le vent de l'aventure et des clichés étonnants mis en parallèle avec chaque album du marin ténébreux :

Tibo01  Tibo02

Tibo06 Tibo05

Tibo03 Tibo04

L'ambition de Thibault Mayaud est, on s'en doute, de publier ce superbe reportage autour du monde sur du beau papier, donc si vous avez dans vos carnets d'adresse des éditeurs qui seraient intéressés par un tel projet, n'hésitez pas à le contacter.

Images : © Thierry Lemaire - Thibault Mayaud - Hugo Pratt/Casterman.

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