17 juillet 2008

Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2.

Puisque l'on apprend avec grand plaisir que François Bourgeon a décidé de reprendre sa série Les passagers du vent, il convient de flâner quelques secondes au fil des pages de sa fascinante trilogie médiévale. Les compagnons du crépuscule, puisqu'il s'agit de ce conte édité par Casterman, ont traversé les années 80 à la manière des hordes de mercenaires qui écumaient les campagnes françaises au XIVème siècle : en ravageant tout sur leur passage.

cover_bourgeon1cover_bourgeon2cover_bourgeon3L'action se déroule en plein cœur de la Guerre de Cent Ans, durant une de ces paix fragiles qui permettent à la France et à l'Angleterre de panser leurs plaies. Pourtant, malgré la trêve, les combats n'ont jamais été aussi présents. Et pour cause ! De nombreux mercenaires, pour la plupart français et allemands, pullulent dans les campagnes. Employés pour épauler les troupes régulières, ils se trouvent désormais sans engagement, oisifs. Ces routiers, comme on les appelle à l'époque, voyagent alors en bande et se servent sur le pays, en pillant et violant à chaque halte dans un village sans défenses.
C'est justement avant un de leurs forfaits que le lecteur découvre Mariotte et Anicet
, deux jouvenceaux insouciants. Elle, débrouillarde et provocante, a le cheveux roux des sorcières. Lui, naïf et fanfaron, fait le coq devant ses amis. Mais pas pour longtemps. Car le pillage de leur village les laissent seuls survivants, démunis. Par chance (ou pour leur malheur, l'histoire le dira), ils sont recueillis par un chevalier errant au visage défiguré qui les prend à son service. Ces deux là sont maintenant unis dans la quête de leur maître...

De qualités, le récit de François Bourgeon n'en manque pas. Il offre surtout une richesse de lecture qui augmente au fil des tomes en même temps que la pagination (46 planches pour les deux premiers et 126 ! pour le dernier). Entre la quête du chevalier, les légendes celtiques, les dialogues à la mode médiévale, le petit jeu entre Mariotte et Anicet, la finesse des décors et les personnages secondaires, on ne sait plus où donner de la tête. Ce n'est pas le genre de bd qu'on engloutit en 20 minutes. Les compagnons du crépuscule se méritent, s'apprivoisent. Le grand nombre de cases par page (entre 9 et 13), la syntaxe légèrement "vieillie", une fluidité de lecture un peu oubliée et des bulles invariablement placées en haut des cases peuvent rebuter le lecteur novice. Il serait néanmoins dommage de s'arrêter à ces broutilles. Une fois plongé dans le monde médiéval fantastique décrit par Bourgeon, on se laisse emporter par cette ambiance de fureur et de sexe qui fleure bon le moyen âge. En outre, la présence de la magie et d'une mythologie imaginée régit par trois forces donnent à l'histoire un petit air d'Odyssée qui ne gâche rien. En résumé, une fresque médiévale de très haute volée.

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Les trois extraits ci-dessus donnent un aperçu de la série et montrent le souci du détail et la précision du trait de François Bourgeon. La première planche s'ouvre sur le moment précis (qui ne manque pas de charme) où se forme le groupe des trois personnages principaux (tome 1, page 14). La deuxième lève un coin de voile sur le côté fantastique de la série avec la sanglante rencontre d'un Dhuard (tome 2, page 32). Et la troisième souligne dans cette visite d'une ville médiévale, la documentation sans faille de François Bourgeon (tome 3, page 33). Bonne lecture.

Posté par _ THL _ à 21:05 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2.

    En passant par la Bedethèque...

    En fouillant un peu dans les sites de BD, je suis tombé sur celui-ci qui recense les auteurs de BD: http://www.bedetheque.com/auteur-10995-BD-Lemaire-Thierry.html . Tu y es connu, mais la bio est un peu vide. Avec un lien vers ce blog, ça pourrait peut-être attirer du monde...
    Un plus, il y a plein d'idées pour faire des produits dérivés (voir onglet ParaBD chez d'autres auteurs).
    Enfin, moi je dis ça comme ça...

    Posté par BigBrother, 18 juillet 2008 à 12:50 | | Répondre
  • Compagnons

    Tu as trouvé les mots justes en écrivant que les Compagnons du Crépuscule se méritent. J'ai mis beaucoup de temps à entrer dans l'histoire... Je crois même que lors de leur pré-publication dans (A Suivre), je zappais ces pages... En revanche, le jour où je suis vraiment rentré dedans, quel bonheur ! Et ce titre génialissime : Les yeux d'étain de la ville glauque !
    Je suis plus inquiet pour la suite des Passagers du vents (encore un titre génial), le dernier volume ne pas convaincu... Mais je crois que c'était un album de commande...

    Posté par Cyril, 18 juillet 2008 à 14:13 | | Répondre
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