12 juillet 2008

L'art de la découpe

L'outil de communication le plus efficace entre les auteurs d'une bande dessinée n'est pas Internet ou le téléphone, mais bien le découpage. Par ce document, le scénariste expose en effet le plus clairement possible au dessinateur la façon dont il conçoit l'articulation des scènes et le contenu des dialogues. Ces pages, la plupart du temps dactylographiées, contiennent d'une part une description minutieuse de chaque case, et d'autre part, le contenu précis de chaque bulle. A partir de là, le dessinateur apporte sa vision des choses et modifie bien souvent certaines "fausses bonnes idées" qui fonctionnaient parfaitement en toutes lettres mais qui visuellement ne rendent rien.

J'ai testé plusieursd_coupage_thl1 façons de présenter le découpage et j'ai fini par jeterd_coupage_thl2 mon dévolu sur une présentation assez sobre où le contenu des bulles apparaît directement sous la description de la case (cf à gauche et à droite les deux pages de découpage des planches 6 & 7 de l'album en préparation avec Vannara). Je ne vois pas d'avantages particuliers par rapport à d'autres modes de présentations, c'est juste une question de confort et de préférence personnelle. Chacun son style comme on dit (voir plus bas). Le plus important dans l'histoire est la relation construite avec le dessinateur. C'est pour lui que le document est écrit. Il faut donc qu'il lui soit adapté. Certains aiment avoir une grande liberté, d'autres préfèrent être totalement guidés. Ça dépend. L'exemple présent est plutôt médian. Les descriptions sont précises, mais, sauf idée bien arrêtée, je laisse souvent à Vannara le soin de choisir le plan et d'organiser sa page. Le tout est que le duo fonctionne et que personne ne soit frustré dans l'affaire. Pour ma part, je n'ai jamais été déçu par l'apport du dessinateur au découpage. Je trouverais dommage de m'en passer. 

Grâce au concours initié par le très bon magazine Casemate, on peut s'amuser au petit jeu des comparaisons. Le mensuel a en effet demandé à cinq scénaristes majeurs d'être les auteurs d'une histoire commune en écrivant chacun une page. On peut découvrir ci-dessous les découpages réalisés, dans l'ordre, par Pierre Christin, Jean Van Hamme, Régis Loisel, Christophe Arleston et Lewis Trondheim (excusez du peu) :

d_coupage_christin   d_coupage_vanhamme   d_coupage_loisel

d_coupage_arleston   d_coupage_trondheim

On remarque immédiatement que les habitudes ne sont pas les mêmes. Christin, Van Hamme et Trondheim ont opté pour la même présentation que la mienne (ou c'est peut-être le contraire, je ne sais plus), alors qu'Arleston préfère visiblement un découpage plus "cinéma" avec une colonne pour les descriptions et une colonne pour les dialogues. Loisel, quant à lui, et ça ne surprendra pas grand monde, a choisi l'option "gros pâté" en écrivant sur un coin de table un découpage au crayon presque illisible.

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Commentaires sur L'art de la découpe

  • Cool ^ ^

    Les exemples sont bien interressant. On est trop fort, Tondheim bosse comme nous

    Posté par Vannara, 12 juillet 2008 à 18:55 | | Répondre
  • Aucun découpage dessiné ? Bon, puisqu'il est question ici de découpage, je rappelle que mon livre 13 histoires de dépeceurs vient de paraître aux Edition Scènes de Crime et qu'il est disponible dans toutes les bonnes boucheries charcuteries...

    Posté par Cyril, 14 juillet 2008 à 23:21 | | Répondre
  • Inouï !! De la pub pirate sur un commentaire de blog ! Mais où va la France ?
    En ce qui concerne les découpages dessinés, c'est prévu un peu plus tard. Ne soit pas si impatient petit scarabée. Et puis il faut que je garde des notes sous le coude pour en placer une tous les deux jours.

    Posté par _ THL _, 15 juillet 2008 à 14:56 | | Répondre
  • LECTURE COMPAREE.

    CASEMATE est difficile à trouver, non? (Je trouve! )
    Surtout, malgré le casting de scénaristes présenté ci-dessus, le prix reste élevé.

    S'agit-il effectivement d'une partie -2 ou 3 personnes- d'anciens de BODOÏ, à l'origine de ce magazine?

    Posté par AL, 03 août 2008 à 17:14 | | Répondre
  • Effectivement, Frédéric Vidal et Jean-Pierre Fueri qui ont créé Casemate sont des anciens de Bodoï. Le prix est plus élevé que celui de ce dernier mais je trouve que l'originalité, la qualité et l'angle des articles ("l'esprit BD") de Casemate valent bien ça. C'est un magazine qui met l'accent sur le travail de l'auteur et non uniquement sur le produit fini et c'est pour moi une bonne façon de voir les choses.

    Posté par _ THL _, 05 août 2008 à 16:14 | | Répondre
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